Que mangeront les Algériens en 2050 ? Faut-il commencer dès aujourd’hui à construire l’alimentation de demain ?

Par : Dr Amina Salhi

Lorsque nous parlons de sécurité alimentaire, nous posons généralement les mêmes questions : combien produisons-nous ? Combien consommons-nous ? De quelles ressources disposons-nous ? Et combien d’eau faudra-t-il demain ?

Mais une autre question pourrait devenir déterminante pour l’avenir :

Que mangeront les Algériens en 2050 ?

Cette question n’a rien de futuriste. Elle est stratégique. L’alimentation de demain sera influencée par le changement climatique, l’évolution démographique, les nouvelles exigences sanitaires et nutritionnelles, la disponibilité de l’eau, ainsi que par les progrès scientifiques et technologiques.

Si nous savons que les conditions climatiques pourraient devenir plus contraignantes et que l’eau deviendra une ressource toujours plus stratégique, devons-nous attendre que les contraintes apparaissent pour chercher des solutions ?

Ou devons-nous commencer dès aujourd’hui à concevoir l’alimentation de demain ?

Cela pourrait passer par le développement de variétés végétales mieux adaptées à la sécheresse, à la chaleur et à la salinité, mais aussi par la protection de notre patrimoine génétique, qui peut constituer une réserve stratégique de solutions pour les générations futures.

Cela signifie également réfléchir à de nouveaux produits alimentaires à

meilleure valeur nutritionnelle, à des procédés de transformation plus efficients et à des systèmes de production capables de répondre aux contraintes futures.

Une question devrait alors accompagner chaque choix stratégique :

Cet aliment que nous produisons aujourd’hui sera-t-il encore durable dans les conditions de 2050 ?

C’est ici que se rencontrent la sécurité alimentaire, la sécurité hydrique, la santé publique, la recherche scientifique et l’adaptation climatique.

Le choix d’une culture pour l’avenir ne devrait donc pas dépendre uniquement de son rendement. Il pourrait également prendre en compte ses besoins en eau, sa résistance aux contraintes climatiques, sa valeur nutritionnelle, sa qualité et son potentiel de transformation.

Dans cette perspective, pourquoi ne pas réfléchir à une vision nationale prospective intitulée « Alimentation de l’Algérie 2050 » ?

Elle pourrait réunir chercheurs, universités, agriculteurs, industriels, experts de l’eau, de la santé et du climat autour d’une question fondamentale :

Quelle alimentation voulons-nous voir sur les tables des Algériens dans vingt-cinq ans ?

Une telle démarche pourrait permettre d’anticiper les besoins alimentaires futurs, d’identifier les ressources à préserver, d’orienter la recherche vers des variétés et des produits mieux adaptés au futur, et d’encourager une industrie agroalimentaire plus innovante, tout en garantissant la qualité et la sécurité des aliments.

La véritable prospective ne consiste pas à attendre le futur.

Elle consiste à le préparer avant qu’il n’arrive.

L’Algérie qui ambitionne de renforcer sa souveraineté alimentaire ne doit pas seulement produire davantage aujourd’hui. Elle doit également développer les capacités scientifiques, humaines et technologiques nécessaires pour produire l’alimentation de demain.

La question n’est donc peut-être plus seulement :

« Pourrons-nous nourrir les Algériens en 2050 ? »

Mais plutôt :

« Avons-nous commencé aujourd’hui à définir ce qu’ils mangeront, avec quelles ressources, selon quelles technologies et avec quel niveau de qualité ? »

L’alimentation de 2050 commence aujourd’hui, dans nos laboratoires, nos universités, nos champs et nos décisions stratégiques.

Par : Dr Amina Salhi – Alger

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