Le film sur l’Émir Abdelkader aura enfin son tournage en 2027

Par : Mohammed CHOUAKI

Plus d’une décennie après les premières annonces, le projet de long-métrage biographique consacré à l’Émir Abdelkader semble enfin entrer dans sa phase concrète : selon Salim Aggar, Directeur de la Fondation Émir Abdelkader chargé de la production, le tournage du film pourrait débuter en 2027, après des négociations finales avec un Scénariste étranger de renom international. Cette nouvelle relance marque une étape décisive pour un projet maintes fois repoussé, suspendu ou « gelé » depuis les années 2010, mais toujours porté par les autorités Algériennes comme un symbole de rayonnement culturel et de réappropriation d’une figure historique majeure.

Un projet ancien, plusieurs fois annoncé et reporté

L’idée d’un grand film sur l’Émir Abdelkader (1808–1883), fondateur de l’État Algérien moderne et figure de la résistance à la conquête Française, n’est pas nouvelle. Dès 2013–2014, une première version du projet avait été présentée, avec une équipe hollywoodienne et Américaine, sous la supervision du réalisateur Charles Burnett, et la participation du cinéaste Oliver Stone en tant que producteur exécutif. Le tournage était alors prévu entre novembre 2013 et février 2014, sur une durée de huit semaines, en Algérie, mais le projet n’avait pas abouti, le compte dédié au financement restant « gelé » pendant plusieurs années.

En août 2021, le Président Abdelmadjid TEBBOUNE avait donné une instruction explicite pour relancer le projet, lors d’une réunion du Conseil des Ministres, réaffirmant la volonté de l’État de produire « un grand film à la hauteur de cette illustre figure historique ». Depuis, les annonces se sont multipliées, sans que le calendrier ne se précise vraiment, entre contraintes budgétaires, choix artistiques et exigences de production.

2027 : une date enfin fixée, un tournant symbolique

La confirmation d’un début de tournage en 2027, donnée fin 2025 par Salim Aggar au journal L’Expression, constitue le premier calendrier ferme et crédible depuis longtemps. Selon lui, les négociations sont en phase finale avec un Scénariste étranger « de facture internationale », signe que le projet vise d’emblée une ambition dépassant le cadre national, avec une vocation internationale et une diffusion large.

Ce biopic s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Algérie pour valoriser son patrimoine historique et culturel, à travers des productions cinématographiques de qualité, susceptibles de toucher un public Mondial. L’Émir Abdelkader, homme de guerre, de savoir et de spiritualité, reconnu aussi bien en Orient qu’en Occident pour son humanité (notamment pour son intervention en faveur des chrétiens du Liban en 1860), représente une figure idéale pour porter ce message.

Entre mémoire, histoire et cinéma : un défi de taille

Réaliser un film sur l’Émir Abdelkader n’est pas seulement un enjeu technique ou financier : c’est aussi un défi narratif et symbolique. Comment raconter, en deux heures, une vie aussi dense, entre résistance militaire, construction d’un État, exil, captivité en France (Toulon, Pau, Amboise), puis installation à Damas et action humanitaire ? Comment concilier exigence historique, fidélité aux sources et nécessité dramatique du cinéma ?

Le projet devra aussi composer avec plusieurs attentes :

• une représentation juste et nuancée de l’Émir, loin des caricatures et des simplifications ;

• une mise en scène à la hauteur de l’envergure du personnage, avec des moyens techniques et artistiques importants ;

• une diffusion internationale, via des festivals, des plateformes de streaming ou des distributeurs mondiaux, pour toucher un public large au-delà du monde Arabophone et Francophone.

Un contexte cinématographique favorable

Cette relance intervient dans un contexte où le cinéma algérien connaît un regain d’activité et d’ambition, avec des productions récentes ou en cours qui revisitent l’histoire nationale sous de nouveaux angles. Un documentaire-drame sur l’Émir Abdelkader, réalisé par Mohamed Yabdri, a ainsi été tourné entre 2023 et 2024, avec des interviews d’historiens américains et des reconstitutions historiques, et devrait sortir en avant-première en Algérie à l’automne 2025, puis à l’international en 2026.

Si ce film de Mohamed Yabdri (65–70 minutes, format hybride entre documentaire et fiction) ne concurrence pas directement le grand biopic prévu pour 2027, il témoigne d’un intérêt renouvelé pour la figure de l’Émir et d’une capacité à produire des œuvres de qualité, avec des équipes algériennes et des collaborations internationales.

Un film attendu comme un événement national

Pour beaucoup en Algérie, le film sur l’Émir Abdelkader est plus qu’une œuvre cinématographique : c’est un acte de mémoire, de reconnaissance et de transmission. Dans un Pays où le cinéma a longtemps été un vecteur de construction identitaire, ce projet est perçu comme une occasion de réaffirmer, à travers l’image et le récit, la place de l’Émir dans l’histoire nationale et universelle.

Si le calendrier annoncé (début de tournage en 2027) se confirme, les mois à venir seront cruciaux : choix du casting, finalisation du scénario, constitution de l’équipe technique, partenariats internationaux, financement. Mais l’essentiel est acquis : après des années d’attente, de reports et de frustrations, le film sur l’Émir Abdelkader a enfin une date, et avec elle, une nouvelle vie.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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