Faciliter l’accès à l’allocation touristique – Propositions pour un dispositif plus inclusif

Par : Abdelkader REGUIG

À Monsieur le Gouverneur de la Banque d’Algérie,

Par la présente, je souhaite attirer votre attention sur les difficultés concrètes que rencontrent les citoyens dans l’application des nouvelles règles d’octroi de l’allocation touristique, entrées en vigueur le 19 juillet 2026. Je salue la volonté affichée par le Président de la République de mettre fin aux fraudes massives – plus de 100 000 cas de détournements ont été recensés – et de démanteler les réseaux d’intermédiaires illégaux. Il est cependant regrettable que la Banque d’Algérie n’ait pas suffisamment mesuré les obstacles pratiques que ce nouveau cadre oppose aux usagers. Aujourd’hui, les guichets des banques sont saturés et les agents travaillent dans une tension palpable.

Des contraintes disproportionnées pour les bénéficiaires

L’obligation de détenir simultanément un compte en dinars et un compte en devises au sein de la même banque, couplée à l’exigence d’un règlement exclusif par chèque, carte CIB ou virement au plus tard sept jours ouvrés avant le départ, constitue un véritable parcours du combattant. Ces conditions, en plus de complexifier inutilement la procédure, pénalisent tout particulièrement les personnes âgées, nombreuses à effectuer le pèlerinage spirituel de la Omra. Pour ces dernières, les opérations bancaires en ligne et les distributeurs automatiques (dont les interfaces sont uniquement en arabe et en anglais) sont source d’anxiété et facteur d’exclusion. Comment ces bénéficiaires, peu familiers des outils numériques, pourront-ils utiliser leur carte à l’étranger en toute autonomie ?

Des difficultés d’usage pour les cartes bancaires

La carte bancaire internationale étant devenue le seul vecteur de perception de l’allocation, son utilisation soulève de nombreuses interrogations. Force est de constater que de nombreux détenteurs de la carte « Dhahbia » rencontrent déjà des problèmes d’interopérabilité avec le réseau des GAB, y compris avec les distributeurs les plus simples. Cette situation risque de s’aggraver à l’étranger, où les dysfonctionnements techniques et les frais de conversion viendront ajouter à la complexité.

Une solution simple : la carte prépayée de voyage

Face à ces écueils, il serait souhaitable que la Banque d’Algérie étudie la possibilité de recourir aux cartes prépayées de voyage, qui remplissent une fonction analogue tout en offrant une simplicité d’usage accrue. Le montant de l’allocation resterait fixé à 750 euros par année civile pour les majeurs (19 ans et plus), et à 300 euros pour les mineurs (de 12 à 18 ans), dans la limite de deux enfants par famille. Ces cartes permettent de précharger un montant déterminé, de régler ses achats comme avec une carte bancaire classique et, selon les modèles, d’effectuer des retraits à l’étranger, sans être rattachées à un compte bancaire.

Contrairement au dispositif actuel, la carte prépayée multidevises ne nécessite ni l’ouverture de deux comptes, ni un délai de paiement de sept jours ouvrés. Elle offre une flexibilité et une accessibilité bien supérieures, en phase avec les besoins réels des citoyens et avec l’objectif affiché de numérisation des services.

Conclusion

Il est impératif de sécuriser l’allocation touristique et de protéger les réserves de change du pays. Toutefois, cette réforme ne doit pas se faire au détriment de la simplicité ni de l’inclusion de tous les citoyens. La Banque d’Algérie se doit de réviser les modalités pratiques du dispositif, en envisageant notamment l’adoption de la carte prépayée de voyage comme alternative crédible et accessible. Une telle évolution répondrait à la fois aux impératifs de lutte contre la fraude et à la nécessité de garantir un accès équitable à ce droit pour l’ensemble des Algériens, jeunes comme moins jeunes.

Contact: orarexe@gmail.com

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