Le Canard déchaîné : Quand la calomnie devient une arme de guerre contre l’Algérie

Par : Abdelkader REGUIG *

Chaque matin, des milliers d’Algériens scrollent sur TikTok, YouTube ou Facebook et tombent sur une vidéo, un montage, une          « révélation » choc. Un titre fracassant. Une accusation sans preuve. Un mensonge répété en boucle. Et pourtant, beaucoup finissent par y croire. Parce qu’à force d’être martelé, le faux finit par laisser une trace. C’est la règle immuable de la calomnie : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Une maxime que Francis Bacon énonçait au XVIIe siècle, que Beaumarchais a popularisée et que Joseph Goebbels, le Ministre de la Propagande du IIIe Reich, a érigée en doctrine. Aujourd’hui, cette méthode est reprise à bas bruit, depuis des comptes anonymes, pour salir l’Algérie et ses dirigeants.

Une chaîne fantôme au service du Makhzen

Depuis plusieurs mois, une chaîne YouTube baptisée « Le Canard déchaîné » sévit sans relâche. Derrière ce nom qui singe le célèbre Canard enchaîné se cache un compte au statut flou, dont le contenu est présenté comme généré par l’Intelligence Artificielle. L’auteur, qui a commencé ses apparitions avec un chapeau et une barbe hirsute, ne cache plus aujourd’hui son objectif : diffamer l’Algérie, ses institutions et ses symboles.

Au début, les attaques visaient les gouvernants Algériens au quotidien. Puis la cible s’est précisée. Aujourd’hui, le Général d’Armée Saïd Chengriha, les Ministres, le Président de la République Abdelmadjid TEBBOUNE et même son épouse sont pris pour cibles. Les accusations sont toujours les mêmes : achats d’appartements à Paris pour 90 Milliards d’Euros, yacht à Monaco de 70 Millions, l’acquisition de Mme TEBBOUNE d’une nouvelle villa de 7 Millions d’Euros a Saint Raphaël dans le Sud de la France, comptes secrets en Suisse, biens mal acquis saisis par la justice Française… Des chiffres astronomiques, jamais vérifiés, mais assez gros pour marquer les esprits.

Des fake news à la chaîne, un récit orchestré

La méthode est rodée. Chaque jour, une nouvelle « révélation » tombe. Et quand le sujet s’essouffle, on change de cible. Après avoir attaqué le Président TEBBOUNE, puis son épouse, le Canard déchaîné élargit le spectre : il invente des polémiques sur Boumediene, accuse des Généraux, s’en prend à la mémoire nationale.

Mais le plus grave est ailleurs. Cette chaîne ne se contente pas d’attaques financières. Elle utilise aussi des ressorts identitaires et géopolitiques pour fragiliser l’Algérie. Parmi les titres chocs : « Un Israélien appelle ouvertement à éliminer l’Algérie » ou encore « Un Imam lance une fatwa : les dattes Israéliennes sont mille fois mieux que les dattes Algériennes ». Des provocations grossières, conçues pour attiser les tensions et nourrir un sentiment d’insécurité dans l’opinion publique.

La calomnie comme stratégie : une vieille recette

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle est même terriblement classique. Francis Bacon, au XVIIe siècle, la résumait en une phrase :

« Audaciter calomniare, semper aliquid haeret »« Calomniez audacieusement, il en restera toujours quelque chose ». Goebbels en a fait l’un des piliers de la propagande nazie, avec son célèbre discours de la guerre totale en 1943. L’idée est simple : un mensonge répété finit par être cru, ne serait-ce que partiellement.

C’est exactement ce que fait le Canard déchaîné. Chaque matin, des Algériens tombent sur ces vidéos, les partagent, les commentent. Sans esprit critique, sans vérification. Et le doute s’installe. La calomnie laisse des traces, même quand elle est démentie.

Pourquoi l’Algérie doit répondre

Face à cette offensive, une question se pose : pourquoi le Ministère de l’Information n’applique-t-il pas la réciprocité ? L’Algérie dispose de médias, de journalistes, de moyens techniques et financiers. Elle a une vérité à défendre. Pourtant, elle semble trop souvent subir, là où elle devrait anticiper et riposter.

Il ne s’agit pas de copier les méthodes du Makhzen, mais de construire un contre-récit solide, factuel, audible. De démasquer ces fausses informations en les exposant, en les démontant pièce par pièce. De mobiliser les influenceurs, les intellectuels, les citoyens pour porter la voix de l’Algérie. Et surtout, d’utiliser les mêmes canaux — TikTok, YouTube, les réseaux sociaux — pour toucher là où le bât blesse.

L’Algérie n’a pas besoin de mentir pour exister. Elle a une histoire, une souveraineté, des accomplissements. Mais elle doit apprendre à les raconter avec la même vigueur que ses adversaires déploient pour les détruire.

Conclusion : stopper l’énergumène

Ce Canard déchaîné n’est qu’un pantin numérique, un compte anonyme, sans visage, sans crédibilité. Mais il profite d’un écosystème où le mensonge voyage plus vite que la vérité. Il exploite la naïveté, la fatigue, la colère. Il joue sur les peurs.

Il est temps de stopper cet énergumène. Pas par la censure, mais par l’information. Pas par le silence, mais par la parole. Pas par la haine, mais par la vérité.

Car comme le rappelait si justement un proverbe latin : « La calomnie est une arme qui blesse toujours, même lorsqu’elle ne tue pas ». À nous de faire en sorte qu’elle ne trouve plus d’écho.

*Sénateur

Contact : orarexe@ gmail.com

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