La Diaspora Algérienne, un capital stratégique à mobiliser sans délai

Par : Mohammed CHOUAKI

L’Algérie dispose à l’étranger d’un réservoir de compétences, d’expériences et de réseaux encore largement sous-exploité. Dans un contexte où les autorités affichent leur volonté de mobiliser les talents établis hors du pays, l’heure est venue de transformer cet élan politique en politique publique durable, structurée et mesurable.

La Diaspora Algérienne ne se limite pas à une présence affective ou mémorielle. Elle représente aussi un capital humain de haut niveau, formé dans les meilleures universités, éprouvé dans les hôpitaux, les entreprises, les centres de recherche et les administrations des pays d’accueil, notamment en France et au Canada. Pour l’Algérie, le défi n’est plus de reconnaître cette richesse, mais de lui donner un cadre d’action efficace.

Un signal politique à concrétiser

Le Président Abdelmadjid TEBBOUNE a récemment lancé un appel aux compétences de la Diaspora Algérienne, en particulier aux scientifiques et universitaires, afin qu’elles contribuent au projet de développement national. Dans le même mouvement, les autorités ont validé la création du Haut Conseil de la Communauté Scientifique Nationale à l’Etranger, présenté comme un organe consultatif placé sous tutelle de la Présidence et destiné à renforcer les liens entre les experts expatriés et les institutions nationales.

Cette évolution marque un tournant. Elle traduit une prise de conscience : l’Algérie ne pourra pas relever seule les défis de la modernisation économique, de la transition technologique et du renforcement institutionnel sans une stratégie active d’ouverture vers ses forces vives installées à l’étranger. Encore faut-il que cet appel ne reste pas symbolique.

Un potentiel déjà opérationnel

L’atout de la Diaspora Algérienne est qu’elle n’est pas théorique. Elle est déjà formée, expérimentée et, dans bien des cas, disponible pour des missions de transfert de savoir, d’expertise ou de mentorat. Les profils les plus avancés, notamment les retraités ou les cadres en fin de carrière, constituent une ressource immédiatement mobilisable pour accompagner des secteurs en tension comme la santé, l’enseignement supérieur, l’ingénierie, la transformation numérique ou la gestion publique.

Au-delà de la seule contribution intellectuelle, cette Diaspora peut aussi jouer un rôle de passerelle avec les économies d’accueil. Elle peut faciliter les partenariats, attirer des investissements, soutenir l’innovation et renforcer la visibilité internationale de l’Algérie. Dans un pays qui cherche à diversifier son économie, cet apport vaut autant que des programmes budgétaires.

Des freins persistants

Mais pour que cette mobilisation soit réelle, plusieurs blocages doivent être levés. Le premier est institutionnel : l’absence d’une structure unique, claire et identifiée, capable de centraliser les compétences, de les cartographier et de les orienter vers les besoins du pays. Le second est administratif : procédures de visa, reconnaissance des diplômes, fiscalité, statut des missions, autant d’obstacles qui découragent souvent les bonnes volontés.

S’ajoute un troisième enjeu, plus sensible encore : la confiance. Une partie de la Diaspora ne demande pas des discours, mais des garanties de transparence, de reconnaissance et d’impact concret. Sans visibilité sur les résultats, sans retour d’expérience, sans suivi, la mobilisation risque de rester ponctuelle et de s’essouffler.

Une agence dédiée

Dans cette perspective, la création d’une Agence Nationale de la Diaspora pourrait constituer un levier déterminant. Une telle structure aurait pour mission d’identifier les compétences Algériennes à l’étranger, de bâtir une base de données actualisée, de faciliter la mise en relation avec les Ministères, les Universités, les Hôpitaux et les Entreprises, et d’animer un réseau dans les grands pays de résidence.

Un portail numérique dédié permettrait de publier des appels à missions, des offres de partenariat et des projets prioritaires. Des antennes dans les pays à forte concentration de Diaspora, comme la France, la Belgique ou le Canada, renforceraient la proximité avec les profils ciblés et amélioreraient la circulation de l’information. L’enjeu n’est pas bureaucratique : il est opérationnel.

Simplifier pour attirer

La mobilisation des compétences ne peut pas reposer sur de simples appels patriotiques. Elle suppose des facilités concrètes. Un visa dédié aux missions d’expertise, des séjours souples, une reconnaissance simplifiée des qualifications acquises à l’étranger et un régime fiscal incitatif seraient des mesures de bon sens pour transformer l’intention en participation effective.

L’Algérie pourrait aussi lancer des programmes ciblés de courte et moyenne durée dans les domaines prioritaires : réforme hospitalière, modernisation agricole, formation des cadres, digitalisation des services publics, ou encore transition énergétique. L’objectif serait d’installer une logique de mission, de résultat et de transfert de compétences plutôt qu’une attente floue de retour définitif.

Miser sur le transfert de savoir

L’un des apports les plus précieux de la Diaspora réside dans le transfert de savoir-faire vers les jeunes générations. Des programmes de mentorat entre experts expatriés et professionnels locaux pourraient constituer un pont durable entre l’expérience internationale et les besoins nationaux. Ce type de coopération a une vertu simple : il produit des effets mesurables sans exiger un retour permanent.

C’est précisément ce que montre l’exemple du Conseil de la Diaspora Scientifique Algérienne, créé pour organiser la coopération avec les chercheurs établis à l’étranger et favoriser le transfert de technologies, les projets communs et la veille scientifique. Cette logique doit maintenant être élargie à d’autres compétences : santé, administration, industrie, intelligence artificielle, gestion des risques, urbanisme ou droit économique.

Un enjeu de souveraineté

Mobiliser la Diaspora n’est pas seulement une mesure d’accompagnement. C’est aussi un choix de souveraineté. Dans un monde où la compétition se joue de plus en plus sur la connaissance, la capacité d’innovation et la qualité des institutions, une nation qui sait relier son intérieur à ses élites extérieures se donne un avantage stratégique.

L’Algérie a donc intérêt à inscrire cette démarche dans une vision de long terme. Il ne s’agit pas de faire appel à la Diaspora uniquement dans les moments de crise ou à l’approche des échéances politiques, mais de l’intégrer durablement à la construction nationale. C’est à cette condition que le mot “mobilisation” prendra un contenu réel.

Une opportunité historique

Le pays dispose d’une fenêtre d’action rare. Les autorités ont ouvert la porte, les compétences existent, et les attentes sont fortes. Reste à bâtir le cadre, à lever les contraintes et à instaurer une relation de confiance entre l’État et sa Diaspora.

Si l’Algérie veut faire de sa communauté à l’étranger un moteur de transformation, elle doit lui offrir un statut, des outils et des perspectives. La Diaspora n’est pas un supplément d’âme : elle peut devenir l’un des piliers du nouveau modèle de développement

Par : Mohammed CHOUAKI

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