Sahara Occidental : Disparitions forcées, fosses communes et prisonniers politiques face à l’impunité Marocaine de 50 ans

Par : Mohammed CHOUAKI

Depuis l’invasion militaire de novembre 1975, le Peuple Sahraoui subit une occupation caractérisée par des violations massives du droit international. Un rapport récent de l’organisation CODEISA recense plus de 38 000 crimes commis sur 50 ans, dont des exécutions extrajudiciaires, des kidnappings et des disparitions forcées qui restent majoritairement impunis.

Les « Années de plomb » et les disparitions forcées massives

Les décennies 1970–1990, connues sous le nom d’« années de plomb » au Maroc, ont été marquées par des disparitions forcées massives au Sahara Occidental. Des centaines de Sahraouis — militants, étudiants et simples civils — ont été arrêtés, torturés dans des centres de détention secrets puis disparu pour des années sans qu’aucune information ne soit transmise à leurs familles.

Les chiffres des disparitions sont alarmants :

• La FIDH estime qu’environ 1 500 personnes ont disparu de manière forcée au Sahara Occidental seulement

• Amnesty International indique que les Sahraouis ont été frappés de manière disproportionnée par ce phénomène, beaucoup ayant disparu en raison de leur soutien réel ou supposé à l’indépendance du territoire

• Certaines associations de victimes estiment le nombre total de disparus au Maroc et au Sahara Occidental à plus de 8 000 personnes

Les disparitions de Sahraouis ont commencé à la fin de 1975, après l’annexion du territoire par le Maroc, et se sont poursuivies jusqu’au début des années 1990.

Fosses communes : la découverte qui a éveillé la mémoire

L’existence de fosses communes au Sahara Occidental occupé a été confirmée par l’Afapredesa, dénonçant simultanément les violations Marocaines.

La découverte la plus significative a été réalisée en juin 2013, lorsque la mission du Dr Carlos Beristain, dans le cadre de son travail de recherche « L’oasis de la mémoire », a mis au jour une fosse commune. Cette découverte a partiellement élucidé le sort de personnes disparues, confirmant les témoignages de familles Sahraouies.

Des témoignages recueillis à Laayoun rapportent que des dizaines de Sahraouis ont été enterrés vivants dans des fosses communes, tandis que d’autres ont été jetés en chute libre depuis des hélicoptères de l’armée Marocaine. Plus de 500 personnes arrêtées après l’annexion militaire n’en ont jamais revenu, et le Maroc refuse toujours de s’exprimer sur leur sort.

Prisonniers Politiques et prisonniers d’Opinion

Le dossier des prisonniers politiques au Maroc et au Sahara Occidental reste ouvert. Des prisonniers d’opinion sont détenus pour avoir exprimé leurs convictions sans user de violence, tandis que d’autres purgent des peines infligées par des procès iniques.

La situation des centres de détention :

• Au Sahara Occidental : 2 centres avec 10 prisonniers (El Aïoun : 4 ; Dakhla : 6)

• Des prisonniers ont été emmenés dans des centres de détention secrets au Maroc et au Sahara Occidental, où ils étaient régulièrement torturés et maltraités, notamment pendant les interrogatoires

• À quelques exceptions près, ces prisonniers n’ont jamais été inculpés ni jugés

Le rapport CODEISA : 38 041 crimes documentés sur 50 ans

En avril 2026, l’organisation CODEISA, regroupant des défenseurs Sahraouis des droits humains, a publié un rapport accablant documentant les crimes et violations graves commis par l’occupation Marocaine.

Ce rapport recense un total de 38 041 crimes, incluant notamment :

• 317 exécutions extrajudiciaires

• 13 morts suite à condamnations à mort

• 390 kidnappings de longue durée

• 8 506 atteintes à l’intégrité physique

• 4 565 kidnappings de courte durée

• 1 242 arrestations politiques

• 8 100 déportations forcées de jeunes Sahraouis

• 636 victimes de mines

• 9 806 perquisitions et destructions de biens

• 837 interdictions aux observateurs étrangers

Impunité systémique et absence de justice

Bien que les autorités Marocaines aient créé l’Instance Équité et Réconciliation (IER) pour mettre fin aux disparitions forcées, toute la lumière n’a pas été faite sur ces disparitions et justice n’a pas été rendue pour la majorité des victimes.

Le Maroc exerce une occupation caractérisée par :

• Des crimes de guerre documentés par l’ONU

• L’usage d’armes prohibées

• La torture systémique

• Une exploitation illégale des ressources naturelles

Ce territoire, non autonome et inscrit sur la liste de l’ONU depuis 1963, est occupé militairement par le Maroc depuis 1975 en violation persistante du droit international. Les crimes commis sont documentés par Amnesty International, Human Rights Watch, les organes Onusiens et des centaines de témoignages directs.

Conclusion : Un dossier qui attend justice

Le lourd dossier des crimes impunis du Maroc au Sahara Occidental reste une plaie ouverte pour le peuple     Sahraoui. Cinquante ans après l’invasion militaire, les familles des disparus continuent d’attendre des réponses, les prisonniers politiques restent détenus sans jugement équitable, et les fosses communes attendent leur dernier recensement.

L’impunité systémique qui caractérise cette occupation continue de violer les droits fondamentaux du peuple Sahraoui, dans un contexte où la communauté internationale doit encore faire pression pour une résolution conforme au droit international et aux résolutions Onusiennes.

Article rédigé sur la base des rapports d’Amnesty International, de la FIDH, de CODEISA, et des témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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