Les États-Unis multiplient les initiatives pour accélérer un règlement du conflit, tandis que le Front Polisario réaffirme son exigence du référendum d’Autodétermination

Par : Mohammed CHOUAKI

Washington entre dans la phase décisive

L’administration du Président Donald TRUMP intensifie considérablement sa pression diplomatique sur le dossier du Sahara Occidental. Après un premier round discret organisé à Madrid en février, les négociations entrent cette semaine dans une phase décisive à Washington, avec un calendrier serré : la Maison Blanche veut conclure avant mai 2026 pour obtenir une « Victoire » diplomatique sur un conflit longtemps bloqué.

Les États-Unis ont convoqué, les 23 et 24 février à Washington, une nouvelle ronde de négociations réunissant le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et la direction du Front Polisario. L’envoyé de Donald TRUMP pour l’Afrique, Massad Boulos, porte cette initiative qui traduit une volonté Américaine d’intensifier les discussions et de reprendre la main sur un dossier longtemps sous l’égide de l’ONU.

La ligne Américaine : le plan d’autonomie Marocain comme seule option

La position de Washington est désormais claire et sans ambiguïté : le plan d’Autonomie proposé par le Maroc constitue le seul cadre de discussion soutenu par les États-Unis sur le dossier du Sahara Occidental.

L’Ambassadeur des États-Unis au Maroc, Duke BUCHAN, a réaffirmé le 19 mai 2026, l’appui indéfectible de son pays à la souveraineté Marocaine à travers son plan d’Autonomie, qualifiant les récents actes du Polisario de « violences » ayant suscité une condamnation internationale. Il a renvoyé la responsabilité de tout blocage au Polisario et à ses soutiens, affirmant que « la paix nécessite des partenaires désireux de négocier vers un avenir meilleur ».

D’après le négociateur Américain, le référendum n’est plus envisagé comme option politique, ce qui limiterait de facto le périmètre des discussions à l’Autonomie Marocaine. Cette approche sort des canaux traditionnels de médiation de l’ONU et traduit une volonté de forcer une avancée rapide, même à travers des concessions Marocaines symboliques.

Le Polisario maintient l’exigence du Référendum

Face à cette pression Américaine croissante, le Front Polisario maintient fermement son cap : la seule formule acceptable est que le Peuple Sahraoui décide de son avenir par un Référendum d’autodétermination.

Le représentant du Polisario en Espagne, Abdulah ARABI, a déclaré au site Espagnol Infobae que « la seule formule est que le Peuple Sahraoui décide ». Il a souligné que toute solution ne respectant pas le droit à l’Autodétermination serait « vouée à l’échec » et a exprimé des réserves sur les modalités électorales prévues dans le plan Marocain, notamment la participation de résidents Marocains sans période minimale prolongée de résidence.

En octobre 2025, le Polisario avait déjà rejeté le projet de résolution sur le Sahara Occidental soumis au Conseil de Sécurité des Nations Unies par les États-Unis, dénonçant un texte jugé contraire au principe d’Autodétermination du Peuple Sahraoui. Dans une lettre adressée à António GUTERRES, le mouvement Sahraoui a dénoncé un texte qui renforcerait le plan d’Autonomie du Maroc et réduirait la portée des mécanismes de suivi des droits humains dans la région.

L’Algérie, pivot indispensable de toute solution durable

L’Algérie maintient une position « prudente » face à ce processus accéléré. Alger considère que les garanties symboliques évoquées ne sauraient se substituer au droit à l’Autodétermination reconnu par les résolutions des Nations Unies et s’oppose à toute solution perçue comme imposée par la pression Américaine.

Dans ce jeu de force, l’Algérie s’impose comme le pivot indispensable de toute solution durable. Le dossier est indissociable de l’urgence énergétique Mondiale : dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la recomposition des marchés Gaziers, l’Algérie est devenue le partenaire incontournable de l’Occident, renforçant sa proximité avec l’Italie et l’Allemagne.

Washington ne peut se permettre une rupture avec Alger, fournisseur clé de l’Europe. Cette réalité place l’Algérie en position de force. En soutenant le droit du Front Polisario à l’Autodétermination, Alger rappelle que la stabilité de la région dépend d’une solution conforme au droit International.

Le mur du droit international : 10 arrêts de la CJUE

Si Washington veut aller vite, le cadre juridique, lui, est immuable. Pour l’ONU, le Sahara Occidental demeure un territoire non Autonome en attente de décolonisation. Ce n’est pas une simple position diplomatique, c’est une réalité juridique blindée par dix arrêts successifs de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE).

Ces décisions sont sans appel : le Sahara Occidental dispose d’un statut séparé et distinct du Maroc, et tout accord commercial incluant ses ressources sans le consentement du Peuple Sahraoui est illégal. Le conflit politique devient ainsi frontalement opposé à la légalité Internationale.

Le Front Polisario s’appuie sur ce socle pour dénoncer le pillage des ressources naturelles. Surtout, il est soutenu en cela par les agriculteurs Français et Espagnols, victimes de cette concurrence déloyale. Cette pression juridique place les investisseurs Américains et Européens dans une insécurité totale, rendant tout « deal » économique caduc s’il n’obtient pas l’aval des parties.

L’impasse constitutionnelle du plan Marocain

À Washington, Rabat tente de vendre son plan d’autonomie comme l’unique solution « réaliste ». Pourtant, le projet Marocain souffre d’une faille majeure : il est juridiquement incompatible avec le droit interne du Royaume.

En l’état, la Constitution Marocaine ne permet pas la création d’une entité politique Sahraouie distincte dotée de pouvoirs législatifs et judiciaires propres, pourtant un préalable à toute discussion du côté du Polisario. Sans une refonte constitutionnelle profonde, que le Palais n’est pas prêt à engager en raison des tensions communautaires dans plusieurs régions, l’autonomie reste une promesse politique sans substance juridique.

Vers un « Deal » Américain sur mesure ?

Le calendrier est serré : Washington veut conclure avant mai. Mais face à l’incapacité du Maroc à proposer un plan juridiquement viable et à la fermeté du Polisario sur le droit international, les États-Unis changent de braquet.

L’issue de ces discussions pourrait être une solution hybride que chercherait à imposer Washington : une forme d’Autodétermination « sur mesure », dictée par les intérêts économiques et sécuritaires Américains. C’est sur cette base, avec sa puissance commerciale, que TRUMP veut pousser les parties à un compromis pour lever l’hypothèque juridique de la CJUE.

Dans ce jeu d’équilibriste, la Maison Blanche peut-elle transformer une logique de force en un accord qui survive au droit international ? Pour le Front Polisario, la réponse reste la même : le droit ne se négocie pas, il s’exerce.

En bref : les positions en face

• États-Unis (TRUMP) : Plan d’autonomie Marocain comme seule base de négociation ; référendum « plus envisagé »

• Front Polisario : Exigence du référendum d’Autodétermination ; « la seule formule est que le peuple Sahraoui décide »

• Algérie : Position « prudente » ; soutien au droit à l’Autodétermination reconnu par l’ONU ; oppose à toute solution imposée

• Maroc : Plan d’autonomie comme solution « réaliste » ; mais incompatibilité constitutionnelle Marocaine

• ONU : Sahara Occidental = territoire non autonome en attente de décolonisation

Dans ce grand jeu diplomatique, l’Algérie s’affirme non seulement comme un géant énergétique indispensable, mais comme la boussole éthique et légale sans laquelle aucun « deal » ne pourra jamais voir le jour au Sahara Occidental. Pour le Polisario, la bataille n’est pas seulement diplomatique : elle est juridique, et le droit international reste leur meilleur atout.

Par : Mohammed CHOUAKI

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