« Boussemghoun : La perle Saharienne entre mémoire Maraboutique et Renaissance »

Par : Mohammed CHOUAKI

Dans l’ouest de la Wilaya d’El Bayadh, niché entre une chaîne de montagnes pierreuses et les rives d’un oued source de vie, le Ksar de Boussemghoun porte en ses ruines plus de 17 siècles d’histoire. Considéré comme la « Perle » du patrimoine Ksourien de l’Atlas Saharien, ce village ancien en ruine est bien plus qu’un site historique : il est un lieu de mémoire collective, de spiritualité Maraboutique et de renaissance patrimoniale.

Un héritage amazigh et un carrefour stratégique

Édifié au III siècle de notre ère selon certaines sources historiques, le Ksar fut d’abord un refuge sécurisé et un grenier pour les provisions, caractéristique essentielle des fortifications Ksouriennes. Sa position stratégique protégeait les caravanes commerciales et les pèlerins traversant la région. La population de Boussemghoun est issue des tribus Amazighes Zenata, et le Ksar était à l’origine composé de sept Ksars alignés le long de l’oued : At Moussa, At Ali, At Sidi Ahmed, At Slimane, At N’kiat, At Aïssa, et un septième.

L’architecture du Ksar épouse parfaitement le bâti Islamique Saharien : ruelles judicieusement réparties, entrées contrôlées, et une cour centrale appelée « Djemâa » ou « Tadjmaât », noyau social et spirituel du village.

Spiritualité maraboutique et lieux de pèlerinage

Boussemghoun conserve des mausolées de Saints Marabouts, véritables lieux de pèlerinage et de mémoire collective. Le Saint patron Sidi Boussemghoun, vénéré encore aujourd’hui, est connu pour avoir réglé les conflits entre habitants, notamment ceux liés à la délimitation des territoires et au partage des eaux d’irrigation. À sa mort, il fut enterré sur place, et le ksar prit désormais son nom.

Une fête locale (Ziara) se déroule au printemps et en automne pour honorer sa mémoire. La fonction mystique du Ksar se manifeste aussi dans les pèlerinages des adeptes de la confrérie religieuse dont dépend la Zaouïa, un établissement scolaire religieux.

Renaissance patrimoniale : de la ruine à la réhabilitation

Malgré son mauvais état dû à son ancienneté, la réhabilitation du Ksar est désormais en cours. Le Ministre de la Culture a inauguré les travaux de restauration et donné le coup d’envoi de la réhabilitation de la Zaouïa. Ce projet marque une étape cruciale dans la valorisation d’un patrimoine architectural amazigh d’une valeur historique inestimable.

Pour un trentenaire originaire du Ksar, cette renaissance est émotionnelle : il garde en mémoire les images d’une enfance passée dans des ruelles animées, où ses parents et grands-parents ont vécu. La restauration permet non seulement de préserver les pierres, mais aussi de reconstruire le lien entre les générations et de transmettre cette mémoire collective.

Ksar El Asâad : le site historique le plus connu d’El Bayadh

Plus connu sous le nom de « Ksar El Asâad », Boussemghoun reste le site historique le plus célèbre de la Wilaya d’El Bayadh. À proximité, El Bayadh offre aux savants un champ d’études exceptionnel avec ses gravures rupestres néolithiques.

Le Ksar de Boussemghoun incarne ainsi la résilience d’un patrimoine millénaire : entre mémoire Amazighes, spiritualité maraboutique et renaissance patrimoniale, il témoigne de la capacité des communautés Sahariennes à préserver leur identité face aux aléas du temps.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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