
Par : Mohammed CHOUAKI
En tournée dans les Hauts-de-France, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, a voulu donner un signal clair : le discours religieux musulman doit être pensé, transmis et incarné en fonction des réalités Françaises. De Liévin à Lille, en passant par Hem et Roubaix, son déplacement a mêlé visites de terrain, rencontres institutionnelles et échanges avec les fidèles, dans une séquence placée sous le sceau du dialogue, de la formation et de l’ancrage local.
Une démarche de proximité
Cette tournée régionale n’avait rien d’un simple déplacement protocolaire. Elle s’inscrivait dans une réflexion plus large engagée par la Grande Mosquée de Paris sur l’adaptation du discours religieux musulman en France, un chantier que l’institution présente comme nécessaire à la fois pour les fidèles et pour les cadres religieux chargés de les accompagner.
L’objectif est clair : proposer une parole spirituelle qui demeure fidèle à ses fondements, tout en tenant compte du cadre républicain, du contexte social et des attentes concrètes des musulmans de France. Dans une période marquée par les tensions, les incompréhensions et les débats récurrents autour de l’Islam, la démarche se veut résolument pédagogique.
Liévin, premier jalon du déplacement
À Liévin, dans le Pas-de-Calais, le recteur a visité une nouvelle Mosquée portée par une association locale. Le site, encore en cours de réalisation, est appelé à devenir un lieu de culte structurant pour de nombreux fidèles de la région.
Cette étape a également permis de mettre en avant un autre enjeu majeur : l’installation annoncée d’une annexe de l’École des formations des Imams et des Mourchidates Ibn Badis. Au-delà de la dimension immobilière, cette perspective traduit une volonté d’enraciner la formation religieuse dans les territoires, au plus près des besoins des communautés locales.
Hem et Roubaix, la Mosquée comme espace social
À Hem, le recteur a participé à la prière du vendredi dans une Mosquée locale, où il a été accueilli par de nombreux fidèles. Le moment, simple en apparence, a pris une portée symbolique forte. Il a rappelé le rôle que la Grande Mosquée de Paris entend jouer dans l’accompagnement spirituel des musulmans de France, mais aussi dans la consolidation d’un discours religieux de sérénité et de responsabilité.
À Roubaix, la visite d’un chantier de future Mosquée portée par l’association Dawa a prolongé cette logique d’ancrage. Là encore, l’enjeu dépasse la seule construction d’un bâtiment. Il s’agit de penser des lieux capables d’accueillir la prière, mais aussi l’apprentissage, la transmission et l’encadrement religieux dans la durée.
Lille, dimension institutionnelle et interreligieuse

La tournée s’est achevée à Lille par un dîner d’échanges réunissant des responsables religieux, des représentants d’autres cultes, des acteurs institutionnels et des Autorités Publiques autour du Préfet Bertrand Gaume. Cette séquence a donné au déplacement une portée plus large, en inscrivant la démarche dans un cadre de dialogue interreligieux et institutionnel.
Le message porté par le Recteur était celui d’une présence musulmane assumée, visible et contributive à la cohésion nationale. Dans cette perspective, la parole religieuse n’est pas conçue comme un repli, mais comme un vecteur de compréhension mutuelle et d’apaisement.
Un Islam de France en construction
En filigrane, cette tournée illustre une ligne directrice de plus en plus affirmée par la Grande Mosquée de Paris : structurer un Islam de France fondé sur la formation, l’encadrement et l’adaptation des discours aux réalités du pays. La référence au livre Musulmans en Occident : pratique cultuelle immuable, présence adaptée s’inscrit dans cette même logique.
Le message est net : il ne s’agit pas de renoncer à la foi, mais de mieux l’articuler avec le contexte Français. C’est là toute l’ambition d’une institution religieuse qui entend se projeter comme acteur de stabilité, de dialogue et de transmission.
Un signal politique et religieux
Au-delà du cadre strictement cultuel, cette tournée envoie un signal politique et social. Elle montre qu’une parole religieuse peut être à la fois fidèle à sa tradition et attentive aux exigences de la société dans laquelle elle s’exprime. Elle rappelle aussi que les Mosquées ne sont pas seulement des lieux de prière, mais des espaces de formation, de médiation et de lien social.
Dans les Hauts-de-France, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris a ainsi cherché à conjuguer enracinement local et vision nationale. Une manière de dire que l’Islam de France ne se décrète pas : il se construit, dans la durée, par le terrain, la pédagogie et le dialogue.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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