Mauritanie : l’errance des réfugiés maliens, entre désert et espoir

Par : Mohammed CHOUAKI

Dans le Grand Sud de la Mauritanie, au cœur du désert du Hodh Chargui, des milliers de Maliens vivent aujourd’hui dans des camps de fortune ou des hameaux de tôle, loin de leurs maisons, de leurs villages et de leur vie d’avant. Chaque famille a son histoire de marche épuisante dans la nuit, de maison brûlée, de proches disparus, mais aussi d’un espoir fragile : trouver un jour la paix et, peut‑être, rentrer chez elle.

Une fuite vers le désert

Depuis plusieurs années, la violence au Mali – combats entre armée, groupes armés et forces étrangères – pousse des vagues entières de civils à fuir vers la Mauritanie, pays frontalier pourtant déjà pauvre et fragile. Les familles traversent souvent la frontière à pied, avec quelques couvertures et quelques sacs de farine, parfois en chevauchant des ânes ou des chameaux, abandonnant derrière elles terres cultivées, troupeaux et souvenirs.

Dans des villages comme Bassikounou ou près du camp de Mbera, les réfugiés s’installent dans des abris de bâches et de tôle, où l’eau potable, la nourriture et les soins de base sont rares et souvent insuffisants. Les enfants jouent dans la poussière, entre latrines de fortune et abris précaires, tandis que les mères se relayent pour faire la queue devant les points d’eau et les distributions alimentaires.

Une vie suspendue entre deux pays

Les réfugiés Maliens racontent une vie « en suspens » : ils travaillent parfois comme journaliers, gardent des troupeaux ou construisent des abris, mais sans droit de propriété, sans assurance ni véritable projet d’avenir. Les pères et les fils parlent souvent de leur pays natal comme d’un rêve lointain, où la sécurité reste fragile et les routes dangereuses à cause des mines, des attaques et des tensions entre communautés.

Beaucoup disent vouloir rentrer au Mali, mais seulement si la paix est réelle, pas seulement écrite dans des accords entre gouvernants. En attendant, ils se construisent une existence de survie, entre souvenirs de la terre d’avant et réalité d’un désert qui ne leur appartient pas, mais qui les accueille malgré tout.

Un cri de détresse ignoré

Les organisations humanitaires et le HCR soulignent que l’aide internationale reste insuffisante par rapport à la masse de réfugiés – plusieurs centaines de milliers de personnes – installées dans cette région aride. Les donateurs tardent, les convois sont parfois bloqués, et les campagnes de sensibilisation médiatiques restent limitées, laissant ces Maliens vivre dans une relative invisibilité.

Pour les habitants, tout se joue entre résignation et petite résistance : continuer à travailler, à scolariser les enfants comme on peut, à espérer un jour qu’un retour, un retour sûr, devienne possible. Dans le désert du Hodh Chargui, l’histoire des réfugiés Maliens n’est pas seulement celle de la guerre, mais aussi celle d’un exode silencieux, où chaque famille porte à la fois la souffrance et la mince lumière de l’espoir.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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