Lettre ouverte à Monsieur le Président de la Fondation Émir Abd-El-Kader

Objet : Contribution à la politique éclairée de l’Émir Abd-El-Kader, à l’occasion du 186ᵉ anniversaire du « sac » de la Smala (16 mai 1843)

Monsieur le Président,

Vous m’avez fait l’honneur de m’inviter à la conférence commémorant le 186 anniversaire du « sac » de la Smala, qui se tiendra le samedi 16 mai 2026 à 14h30. Étant absent d’Oran, Je veux vous remercier sincèrement pour cette invitation, et c’est avec respect et déférence que je prends la parole, non pour ajouter au discours commémoratif une voix discordante, mais pour apporter une modeste contribution à la réflexion sur la politique menée par l’Émir Abd-El-Kader, dont votre fondation perpétue si dignement la mémoire.

En évoquant ce douloureux événement du 16 mai 1843, beaucoup rappelleront l’héroïsme, la résistance ou la perte. Pourtant, ce qui frappe le plus chez l’Émir, au-delà du chef de guerre, c’est l’homme d’État éclairé. C’est à cet aspect que je voudrais consacrer ces quelques lignes.

La politique par laquelle l’Émir gouvernait ses sujets était, de l’avis de nombreux historiens, une politique fondée sur la justice et l’équité. On peut la qualifier d’« omarienne » – référence au second calife de l’Islam, Omar ibn al-Khattab, dont la droiture et la proximité avec le peuple sont restées exemplaires. L’Émir lui-même a résumé cette ligne de conduite en une formule saisissante : « De la douceur sans faiblesse, et de la fermeté sans violence. »

Dans ses propres vers, l’Émir dit :

« J’ai suivi parmi eux une conduite omarienne,

Et j’ai abreuvé leurs oppresseurs de guidance, et ils se sont désaltérés. »

« Et j’espère être celui qui illumine les ténèbres par sa clarté, après qu’elles se sont obscurcies. »

Ces paroles ne sont pas de vaines poésies : elles décrivent un art de gouverner rare à son époque – et même dans bien des périodes ultérieures.

Le résultat le plus frappant de cette politique fut que, sous son règne, les exécutions capitales restèrent exceptionnelles. Plus remarquable encore : alors que la plupart des deys de la Régence d’Alger connaissaient une fin sanglante ou tragique, l’Émir ne subit jamais la moindre tentative d’assassinat, y compris dans les heures les plus sombres de la guerre et des crises. Rappelons-le : le dernier dey Hussein, replié dans la Casbah, ne pouvait se déplacer sans une garde rapprochée, ni se mêler à la population dans les lieux publics, de crainte d’être poignardé.

L’Émir, au contraire, vivait sous une simple tente ouverte, partagée avec sa famille. Il se déplaçait seul à travers les villages, sans armes, sans garde prétorienne, sans protocole. Et partout, il était accueilli non par la peur, mais par une hospitalité sans pareille, que ce soit dans ses haltes ou dans ses voyages.

Cette confiance absolue entre le gouvernant et les gouvernés ne s’obtient ni par la force ni par l’intimidation. Elle est le fruit de la justice, de la clémence et de l’équité que l’Émir a su étendre à toutes les contrées du pays. À l’heure où nous commémorons la destruction de la Smala, il me semble essentiel de ne pas oublier que cette Smala n’était pas seulement un camp militaire : c’était une cité de tentes, une société vivante, où l’on expérimentait déjà ce que pourrait être un État juste, avant que la guerre et le feu n’en dispersent les cendres.

Monsieur le Président, ma contribution est modeste : elle consiste simplement à rappeler que la mémoire d’Abd el-Kader ne doit pas seulement être une mémoire de résistance, mais aussi une mémoire politique, une source d’inspiration pour ceux qui cherchent encore à concilier autorité et douceur, fermeté sans violence, et cette lumière capable d’illuminer les ténèbres.

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de partager cette réflexion, et je me tiens à votre disposition pour tout échange ou approfondissement, dans l’esprit de dialogue et de respect que l’Émir lui-même n’aurait pas renié.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations respectueuses et dévouées.

Le Sénateur Abdelkader Reguig

Contact: orarexe@ gmail.com

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