
Par : Mohammed CHOUAKI
Boualem Sansal, libéré en novembre 2025 après un an de détention en Algérie, continue de susciter un débat vif sur sa trajectoire intellectuelle. Figure dissidente saluée pour ses critiques de l’autoritarisme Algérien, l’écrivain Franco-Algérien doit une part importante de sa visibilité internationale à la France, qui lui a offert une tribune et un refuge. Pourtant, certaines de ses récentes prises de position interrogent sur la mesure dans laquelle il rend hommage à ces soutiens décisifs.
Les faits rappellent ce contexte : arrêté le 16 novembre 2024 pour avoir réclamé la liberté d’expression en Algérie, Sansal a bénéficié d’une grâce Présidental d’Abdelmadjid TEBBOUNE, facilitée par les interventions diplomatiques Françaises et Allemandes. Accueilli à l’Élysée par Emmanuel Macron le 17 novembre 2025, il exprime alors sa gratitude pour ce « geste d’humanité » et les « efforts constants de la France ». Ses éditeurs chez Gallimard et ses interventions au Salon du livre de Paris ont propulsé ses œuvres comme 2084 ou Le Serment des barbares sur la scène mondiale, lui permettant d’échapper à la censure Algérienne.
Cependant, des déclarations post-libération nuancent cette reconnaissance. Le 25 novembre 2025, à l’AFP, Sansal critique son éditeur Antoine Gallimard, affirmant que ce dernier n’a pas assez agi durant sa détention. Dans une interview à France 2 fin novembre 2025, il évoque le « choc du retour à la réalité » en France tout en réitérant ses prédictions sur l’« islamisation » du pays, thème récurrent qui avait déjà suscité des réserves parmi ses soutiens laïcs. Plus récemment, en avril 2026, Le Monde note un « malaise grandissant » autour de lui, avec un glissement perçu vers une droite radicale et des critiques acerbes contre la laïcité Française, pays dont il a acquis la nationalité en 2024. Ces positions, exprimées dans des médias comme Frontières en octobre 2024 (où il questionnait l’unité nationale Algérienne en évoquant un héritage Marocain pour Oran et Mascara), contrastent avec les bienfaits reçus : prix littéraires, conférences et asile effectif.
Ce paradoxe n’invalide pas le courage de Sansal face au régime Algérien, mais il soulève une question légitime : dans quelle mesure un intellectuel exilé peut-il critiquer sans reconnaître les dettes morales envers ses hôtes ? En Algérie, où sa libération a divisé l’opinion entre défenseurs de la « sécurité nationale » et partisans des libertés, son cas illustre les fractures d’une Diaspora Maghrébine. Sa plume reste précieuse pour dénoncer l’islamisme, mais une gratitude plus explicite envers la France – qui l’a littéralement sauvé – renforcerait sa cohérence.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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