
Par : Mohammed CHOUAKI
Les Algériens de Nouvelle-Calédonie, descendants de déportés coloniaux du XIXe siècle, forment une communauté estimée à environ 15 000 personnes aujourd’hui. Originaires principalement de Kabylie, leurs ancêtres – au nombre de 2 000 environ – ont été exilés par la France entre 1864 et 1921 pour avoir participé à la révolte contre la colonisation, comme celle menée par El Mokrani en 1871. Malgré des campagnes d’amnistie portées par des figures comme Louise Michel, la plupart n’ont pu rentrer qu’après des décennies, souvent au début du XXe siècle.
Une histoire d’exil forcé
Envoyés au bagne de l’île des Pins, ces prisonniers politiques et de droit commun ont vécu dans des conditions inhumaines, loin de leur terre natale. Les amnisties partielles, comme celle de 1880 pour les communards, les ont laissés à l’écart jusqu’en 1887 pour certains, et même 1904 pour d’autres. Aujourd’hui, leurs descendants cherchent à préserver cette mémoire fragmentée entre Algérie, France et Nouvelle-Calédonie, via des documentaires et des initiatives culturelles.
Demandes actuelles pour un retour simplifié
Récemment, les Algériens de Nouvelle-Calédonie et leurs descendants expriment un fort désir de faciliter les déplacements vers l’Algérie, notamment pour renouer avec leurs racines. Ces revendications s’inscrivent dans un contexte de mesures algériennes assouplies pour les binationaux : jusqu’au 31 décembre 2025 (prolongeable), les détenteurs de passeports étrangers valides peuvent entrer et sortir sans visa préalable, sous conditions. Des initiatives diplomatiques, comme la réception du réalisateur Saïd Oulmi par le Ministre Merad, soulignent l’intérêt pour le retour volontaire et la normalisation des situations administratives.
Implications pour la Diaspora
Ces facilités réduisent les obstacles bureaucratiques pour les visites familiales ou retours définitifs, surtout avec l’extension potentielle en 2026. Elles répondent à un besoin identitaire profond, tout en boostant le tourisme et les liens culturels avec l’Algérie. Pour la communauté Calédonienne d’origine Algérienne, c’est une étape vers la reconnaissance historique et une mobilité accrue.
Histoire détaillée de la révolte kabyle menant à la déportation
La révolte kabyle de 1871, connue sous le nom de révolte de Mokrani, marque un soulèvement majeur contre la colonisation Française en Algérie. Déclenchée le 16 mars 1871 dans les Bibans par le Cheikh El Mokrani et son frère Bou-Mezrag, elle s’étend rapidement à toute la Kabylie et au-delà, mobilisant jusqu’à 150 000 combattants.
Contexte et causes profondes
Dès les années 1860, la Kabylie subit une pression coloniale accrue : famines récurrentes comme celle de 1868, confiscations de terres, impôts exorbitants et humiliation sociale alimentent le mécontentement. Les autorités Françaises interdisent les assemblées villageoises traditionnelles (tijmaain), tandis que la nomination de bureaux Arabes favorise les colons.
L’effervescence gagne les Zaouïas religieuses, notamment la Rahmaniya d’El Mokrani, Cheikh influent de la confrérie, qui voit dans l’insurrection un jihad contre l’oppresseur.
Déroulement de la révolte
Le 16 mars, El Mokrani attaque les troupes Françaises à La Calle, près de Constantine, tuant une vingtaine de soldats et libérant des prisonniers. Soutenu par le Cheikh El Haddad et son père, il rallie des tribus entières, prenant Souk Ahras et menaçant Alger. Le soulèvement s’étend aux Aurès et à l’Ouest Algérien, défiant l’autorité impériale affaiblie par la guerre Franco-Prussienne. L’amiral de Gueydon, Gouverneur Général, déploie 100 000 hommes pour mater l’insurrection.
Répression brutale et déportations
La révolte s’achève avec la mort d’El Mokrani le 5 mai 1871 lors d’un assaut Français à son repaire de Koléa. La répression fait des dizaines de milliers de morts, détruit des villages entiers et confisque 450 000 hectares de terres, redistribués à des colons Alsaciens-Lorrains. Plus de 200 chefs sont jugés à Constantine en 1873 : condamnés à mort, à la prison ou à la déportation perpétuelle en Guyane et surtout en Nouvelle-Calédonie, où ils deviennent les “Algériens du Pacifique”. Bou-Mezrag Al-Mokrani y est exilé jusqu’en 1895, gracié en 1878 après avoir aidé à réprimer une révolte kanak ; les fils d’El Haddad subissent le même sort.
Conséquences durables
L’Algérie paie une amende collective de 36 millions de Francs-Or, plongeant la Kabylie dans la misère et l’exil vers la Tunisie ou la Syrie. Cette répression collective brise la résistance organisée, mais nourrit une mémoire transmise par la poésie orale et la littérature, préfigurant les luttes futures pour l’indépendance. Environ 2 000 Kabyles sont déportés en Nouvelle-Calédonie entre 1864 et 1921, leurs descendants formant aujourd’hui une communauté attachée à ses racines.
Les estimations convergent vers environ 15 000 descendants d’Algériens vivant encore en Nouvelle-Calédonie aujourd’hui. Cette communauté, issue des quelque 2 100 déportés Kabyles et autres du XIXe siècle, s’est bien intégrée localement tout en préservant une mémoire identitaire forte.
Variations dans les chiffres
Wikipedia et Arte TV rapportent précisément 15 000 personnes, chiffre repris dans des études académiques récentes comme celle de l’ASJP. Certaines sources Algériennes évoquent plus de 20 000 individus, incluant potentiellement des binationaux ou des arrivées plus récentes, mais sans données officielles actualisées à 2026.
Situation actuelle
Près de 10 000 familles auraient retracé leurs racines Algériennes, favorisant des liens culturels et des demandes de retour facilité. Cette Diaspora pacifique reste active dans la préservation de l’héritage, malgré l’éloignement géographique.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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