
Le « oui, mais » de 2025–2026
En 2024, le Président Abdelmadjid TEBBOUNE annonce officiellement que l’accord d’Association avec l’UE sera révisé à partir de 2025, dans un esprit « Amical » et sans chercher le conflit, tout en soulignant la nécessité de cet ajustement. Il insiste sur deux idées fortes :
• la révision est un besoin endogène, imposé par la situation économique et structurelle du pays ;
• elle doit se faire dans une logique de relations « normales » avec les pays de l’Union, notamment la France, partenaire majeur des échanges.
Un an plus tard, lors du Conseil des Ministres de 2025, TEBBOUNE reformule la démarche en y ajoutant le terme de « gagnant‑gagnant » : la révision ne résulte pas d’un conflit, mais vise à améliorer les relations bilatérales dans le cadre d’un cadre économique mutuellement profitable. Parallèlement, la Présidence de la République donne des instructions pour revoir l’accord « clause par clause », selon une vision souveraine et une approche respectant les intérêts du produit national, afin de nourrir le tissu industriel et la création d’emplois.
Ce que veut réviser l’Algérie
D’après les récents indicateurs et déclarations, la révision tourne autour de plusieurs points clés :
• Accès réciproque et équilibre tarifaire : l’Algérie demande une plus grande réciprocité dans l’accès aux marchés, en cherchant à réduire les désavantages de ses exportations non‑hydrocarbures (agroalimentaire, manufacturier, sous‑secteurs de la sous‑traitance industrielle) face à la concurrence Européenne.
• Protection de la production nationale : il s’agit de renforcer, dans le cadre de l’accord, les mécanismes de protection des industries et filières émergentes, tout en respectant les engagements internationaux.
• Investissement et transfert de technologie : une demande récurrente des autorités Algériennes est de mutualiser davantage l’investissement et le transfert de savoir‑faire technologique, au‑delà de l’ouverture purement commerciale.
Concernant la forme, plusieurs sources indiquent que l’UE n’accepte pas une renégociation « de fond en comble », mais est prête à discuter d’une révision partielle de certaines clauses, plutôt que d’un nouveau texte complet. Cette précision dessine un jeu de compromis : l’Algérie obtient une table de négociation, mais doit renoncer à espérer un effacement total de l’accord actuel.
L’angle de l’Union Européenne
Bruxelles, tout en restant prudente, reconnaît indirectement la nécessité d’ajustements. L’ambassadeur de la mission de l’UE en Algérie, Diego Mellado, souligne la dynamique positive du partenariat et annonce de nouveaux projets de coopération pour la période 2026–2027, notamment dans l’investissement et le dialogue économique.
Pour l’UE, la priorité affichée est de :
• renforcer les échanges commerciaux ;
• faciliter un meilleur accès des produits algériens au marché européen, tout en maintenant la sécurité juridique pour les investisseurs européens.
Cette formulation montre que, même si l’UE reste attachée à l’architecture actuelle, elle accepte une flexibilité accrue pour éviter que l’accord devienne un frein politique et économique, dans un contexte de concurrence régionale et de montée des tensions commerciales mondiales.
Enjeux économiques pour l’Algérie
Sur le plan intérieur, la révision de l’accord se lit comme un enjeu de structuration économique autant que de politique commerciale.
• Diversification et industrialisation : l’objectif officiel est de soutenir la montée en gamme des industries non‑pétrolières, en évitant que l’appétit des importations européennes ne suffoque les filières domestiques.
• Contrôle des exonérations fiscales : l’importance des exonérations tarifaires liées à l’accord oblige Alger à revoir sa stratégie de fiscalité et de douane, afin de combiner ouverture et préservation des recettes publiques.
Enfin, la révision s’inscrit dans la logique plus large de la réduction de la dépendance au modèle importateur, déjà au cœur des réformes engagées ces dernières années.
Dimension politique et géopolitique
Au‑delà de la technique commerciale, cette révision a une dimension symbolique forte. Pour l’Algérie, elle vise à montrer qu’elle n’accepte plus automatiquement des cadres de relations jugés inéquitables, même avec un partenaire de longue date. Le Président TEBBOUNE présente cette démarche comme une preuve de souveraineté et de lucidité, dans un contexte de recomposition régionale et de montée des tensions migratoires et de sécurité au sud de la Méditerranée.
Pour l’UE, faire la preuve de sa capacité à adapter un accord ancien, sans rupture, est un test de sa crédibilité comme partenaire pragmatique. À l’heure où Bruxelles cherche à consolider ses liens avec des pays clés du Maghreb, accepter une révision partielle permet de garder l’Algérie dans un cadre de coopération structuré, plutôt que de la pousser vers des alternatives moins formalisées ou plus conflictuelles.
Conclusion : une révision à la croisée des chemins
La révision de l’accord d’association Algérie‑UE n’est pas un simple ajustement technique. Elle traduit une volonté Algérienne de reprendre la main sur son agenda économique, tout en maintenant une relation solide avec l’Europe.
Pour Alger, le succès de cette révision se mesurera à la capacité de transformer des clauses réécrites en réels leviers de diversification, de protection industrielle et de création d’emplois, plutôt qu’en simples gains symboliques. Pour l’UE, elle tracera la manière dont un grand bloc peut négocier avec un partenaire stratégique : par l’adaptation, plutôt que par l’immobilisme ou la confrontation.
En 2026, alors que les travaux de la commission mixte reprennent progressivement, l’accord d’Association Algérie‑UE entre dans une nouvelle phase : moins celle de l’adhésion à un modèle imposé, plus celle d’un partenariat en négociation permanente
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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