Un caprice absurde de la CAF contre le Sénégal : Le Trophée ne rendra pas la camisole.

Par : Mohammed CHOUAKI

Après avoir déjà frôlé le ridicule en requalifiant une victoire sportive en défaite administrative, la Confédération Africaine de Football (CAF) vient d’enfoncer le clou avec une exigence juridiquement douteuse et politiquement déplacée : forcer le Sénégal à rendre le Trophée et les Médailles de la CAN 2025. Une décision qui ne repose sur aucun texte lisible, ni sur une véritable logique sportive, mais sur une simple envie de réécrire l’histoire après coup.

Ce que dit – et ne dit pas – la CAF

La CAF invoque des articles 82, 83, 84 et 8 du règlement de la CAN pour justifier le retrait du titre au Sénégal et la proclamation du Maroc comme Champion sur forfait. Pourtant, comme le rappelle le coordonnateur du pool d’avocats de la FSF, Me Seydou Diagne, aucun de ces articles n’impose la restitution du Trophée ou des Médailles remis officiellement à l’issue du tournoi.

Autrement dit, la CAF crée aujourd’hui une obligation… qui n’existe pas dans ses propres textes.

La flottille de règles agitées devant la presse sert surtout à habiller un arbitraire de bon aloi : modifier le résultat sportif deux mois après coup, puis exiger que le vainqueur historique plie bagage comme un simple débiteur de matériel. Une logique de « tapis vert moral » qui choque autant par son manque de rigueur juridique que par son mépris vis‑à‑vis de l’émotion collective d’un pays.

Le Sénégal, entre fierté nationale et désobéissance civile sportive

La Fédération Sénégalaise a réagi avec une fermeté compréhensible : le Trophée est resté à Dakar, les joueurs ont gardé leurs Médailles, et l’État refuse de rembourser la prime de 10 millions de dollars. Les Lions de la Teranga, sur les réseaux sociaux, ont multiplié les photos avec la coupe, transformant un épisode de grogne en symbole de résistance collective.

Cette posture est à la fois politique et symbolique :

rendre le Trophée, ce serait accepter que la CAF puisse, à sa guise, annuler un sacre au nom d’un incident frontalier, sans que le règlement ne l’y autorise clairement. Le Sénégal envoie un message : ce Trophée appartient désormais à la mémoire Nationale, pas à un livre de procédures mal interprété dans un bureau de la CAF.

Un précédent dangereux pour le football Africain

Si la CAF obtient gain de cause, le précédent est dangereux : tout titre pourrait être remis en cause des semaines après un match, sous prétexte d’exigences réglementaires rétroactives. Des incidents comme les retraits temporairement du terrain (Chili 1974, Tunisie 2021, etc.) ont toujours été sanctionnés sur le terrain, par forfait immédiat, pas par annulation du titre deux mois plus tard.

En voulant tout régenter, la CAF finit par décrédibiliser sa propre compétence juridique.

Le Sénégal, quant à lui, a décidé de porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), ce qui montre que la tension n’est plus seulement entre deux fédérations, mais entre une institution qui s’auto‑accorde tous les pouvoirs et un État qui refuse de se soumettre à un caprice administratif.

Quand la CAF met le sportif au vestiaire de la bureaucratie

Le nœud du problème n’est pas seulement le Trophée : c’est le fait que la CAF prétende dicter l’histoire du football Africain après coup, sans cadre clair ni respect des principes de sécurité juridique. Exiger aujourd’hui la restitution du Trophée alors que ni le règlement ni la décision d’appel ne le prévoient, c’est confondre pouvoir de sanction et droit de réécrire les faits.

Le Sénégal, en restant debout avec son Trophée, rappelle que le football n’est pas qu’un exercice de comptabilité administrative. Entre un arbitre qui siffle la fin du match, des joueurs qui lèvent la coupe et des Millions de supporters qui pleurent puis chantent, il existe une réalité qu’aucun article 84 ne peut effacer. Si la CAF veut imposer sa version, elle devra le faire devant le TAS, et devant l’opinion Africaine, qui ne pardonnera pas à ceux qui font passer la bureaucratie avant le spectacle et la vérité sportive.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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