
Par : Mohammed CHOUAKI
L’Algérie vient de perdre l’un de ses fils les plus illustres. Liamine Zeroual s’est éteint le 28 mars 2026, à l’âge de 85 ans. Issu d’une enfance modeste dans les Aurès, engagé dès la guerre de Libération Nationale puis infatigable bâtisseur après l’indépendance, il incarne cette génération héroïque qui a forgé la souveraineté Algérienne. Son parcours, semé d’épreuves et ponctué de grandes réalisations, mérite une reconnaissance éternelle pour tout le bien qu’il a apporté à une nation enfin libérée.
Des racines trempées dans l’adversité
Né le 3 juillet 1941 à Batna, au cœur des Aurès, Liamine Zeroual grandit dans ces montagnes rebelles, écrasées par le poids de la colonisation. Très tôt, il est témoin des injustices infligées à son peuple : spoliation des terres, étouffement culturel et misère imposée par l’administration Française. Formé à la fois à l’école Coranique et à l’école Française, il développe rapidement un esprit de résistance et une soif insatiable de savoir. Adolescent, il rejoint les premières cellules nationalistes du FLN, distribuant des tracts dans la clandestinité et participant aux manifestations étudiantes. Ces années difficiles forgent en lui une volonté inébranlable : celle d’un jeune homme prêt à tout pour libérer l’Algérie.
Héros du maquis : l’engagement révolutionnaire
En 1958, quatre ans après le déclenchement de la guerre de Libération, Liamine Zeroual n’a que 17 ans lorsqu’il rejoint les rangs de l’Armée de Libération Nationale (ALN) au sein de la Wilaya I. Membre actif des katibas du maquis, il se distingue par ses actions de sabotage contre les infrastructures coloniales – lignes électriques, convois militaires. Blessé à plusieurs reprises, il refuse l’exil et poursuit le combat, transportant armes et munitions à travers les djebels impitoyables. Son courage lui vaut le surnom respectueux de « Lion des Aurès ». Mais Zeroual est plus qu’un combattant : c’est aussi un éducateur du peuple, apprenant à lire et à écrire aux villageois dont il assure la protection, leur transmettant les fondements d’une souveraineté à construire.

Bâtisseur d’une Algérie indépendante
L’indépendance acquise en 1962 ne marque pas la fin de son combat. Liamine Zeroual rejoint d’abord l’armée des Frontières, puis les institutions naissantes. Après une formation dans les académies militaires, il occupe des postes stratégiques. Acteur de premier plan lors de la nationalisation des hydrocarbures en 1971, il supervise des projets gaziers et pétroliers qui propulsent l’Algérie parmi les nations clés de l’OPEP, affirmant ainsi son indépendance économique face aux puissances occidentales. Au fil des décennies, il œuvre sans relâche pour l’éducation et la formation des cadres, fondant des écoles techniques et des centres de perfectionnement militaire. Fidèle à ses origines, il défend l’unité nationale contre les tentations divisionnistes.
Après l’indépendance, son parcours militaire le mène des écoles du Caire et de Moscou à l’École de guerre de Paris. Commandant d’écoles d’application, Chef de régions militaires à Tamanrasset, Béchar et Constantine, puis Général à la tête des forces terrestres, il se distingue par son expertise et sa rigueur. Écarté un temps de la scène militaire, il est nommé Ambassadeur en Roumanie. Il quitte Bucarest quelques mois plus tard. En juillet 1993, il est rappelé comme Ministre de la Défense Nationale, alors que l’Algérie traverse une période sombre marquée par la violence et l’instabilité. Homme de dialogue, il tente une voie de rapprochement avec les différentes forces politiques, y compris avec les dirigeants du FIS emprisonnés, cherchant une solution consensuelle à la crise qui secoue le pays.
C’est en tant que figure de compromis, respectée aussi bien par les partisans du dialogue que par les « éradicateurs », qu’il est désigné le 30 janvier 1994 à la tête de l’État pour une période de transition de trois ans. En 1995, il organise la première élection Présidentielle pluraliste de l’histoire de l’Algérie – un pari audacieux qu’il remporte avec 61,3 % des voix. Ce scrutin marque un tournant, réaffirmant la voie démocratique et la légitimité des institutions face à la violence terroriste.
Président de plein exercice, il poursuit une politique de lutte sans merci contre le terrorisme tout en engageant des réformes majeures. Sous son impulsion, la Constitution de 1996 renforce les pouvoirs du Président et instaure un cadre institutionnel stable. La création du Rassemblement National Démocratique (RND) en 1997 vise à structurer une majorité Présidentielle solide.

Son mandat est également marqué par une affirmation de la souveraineté nationale. En réponse aux tensions avec le Maroc, il prend la décision ferme de fermer la frontière terrestre entre les deux pays – une mesure qui perdurera, témoignant de son intransigeance sur les questions de dignité et d’intégrité territoriale de l’Algérie. Soucieux des institutions et de l’avenir du pays, il choisit de se retirer en septembre 1998, annonçant une élection Présidentielle anticipée à laquelle il ne se présente pas.
En avril 1999, il assure la première passation pacifique et constitutionnelle entre deux Présidents élus de l’histoire de l’Algérie – un geste de haute responsabilité qui illustre sa conception de l’État. Jusqu’à son dernier souffle, Zeroual reste un gardien vigilant de la mémoire révolutionnaire, rédigeant ses mémoires et témoignant devant la jeunesse pour perpétuer l’idéal d’une Algérie libre, juste et prospère.
Un héritage impérissable pour les générations futures
Liamine Zeroual n’était pas seulement un homme de guerre ; c’était un visionnaire qui a tracé la voie d’une Algérie souveraine. Du maquis aux palais d’El Mouradia, son parcours – de la libération du joug colonial à la construction d’une économie indépendante – résonne encore dans chaque foyer Algérien. Il nous laisse en héritage un patriotisme désintéressé, nous rappelant que la liberté se conquiert et se défend chaque jour.
Repose en paix, Moudjahid. Ton sacrifice éclaire notre histoire.
Lakoom-Media rend hommage à cette icône et adresse ses prières à sa famille. L’Algérie éternelle te pleure et te célèbre.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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