Maïs fourrager à Timimoun : les défis techniques d’une agriculture intensive dans le Sahara

Par : Mohammed CHOUAKI

« Viande, blé, maïs… Ce qui se cache derrière l’offensive agricole du géant Italien BF à Timimoun » fait référence au projet de production agricole industrialisée mené par le groupe Bonifiche Ferraresi (BF), un géant agricole Italien, sur un vaste périmètre de 36 000 hectares dans la wilaya de Timimoun, au Sud‑Ouest de l’Algérie.

Contexte de l’offensive agricole de BF

BF, coté à la Bourse de Milan, a décroché via sa filiale BF International un contrat de concession de 40 ans pour exploiter 36 000 hectares à Timimoun, l’un des plus grands projets agricoles accordés à un Opérateur Etranger en Algérie. L’objectif officiel est de produire blé dur, légumineuses, pâtes alimentaires et, dans une phase ultérieure, de la viande et du lait, dans le cadre d’un partenariat stratégique entre Alger et Rome.

Blé, maïs et chaîne alimentaire

Actuellement, BF cultive déjà environ 2 000 hectares de blé dur irrigués par des systèmes de pivot (environ 50 pivots actifs), dans une zone située à plus de 1 200 km au sud d’Alger. Le lancement de maïs fourrager dans le même périmètre vise à alimenter des élevages, ce qui permet de passer d’un simple projet céréalier à un modèle intégré (céréales → fourrage → viande/lait).

Ce qui se cache derrière : enjeux et controverses

• Souveraineté vs dépendance : Les autorités Algériennes présentent BF comme un levier pour la “souveraineté alimentaire”, en augmentant la production nationale de blé dur d’environ 170 000 tonnes/an et en intégrant la transformation locale (pâtes, silos).

• Partenariat géopolitique : Le projet s’inscrit dans un renforcement des liens économiques et agricoles entre l’Algérie et l’Italie, avec un appui explicite du gouvernement de Giorgia Meloni, qui soutient BF comme acteur clé de l’agro‑investissement.

• Critiques et controverses : Des observateurs s’inquiètent de la concession longue durée sur 36 000 ha, de la pression sur les ressources en eau dans le Sahara, et de la création d’un modèle de “ferme industrielle” dominé par un acteur Etranger, ce qui soulève des questions de contrôle local, de redistribution des bénéfices et de modèle agricole à adopter.

En résumé, l’ « Offensive Agricole » de BF à Timimoun est une opération de très grande ampleur qui combine blé, maïs fourrager et projets de viande laitière pour verrouiller une partie de la chaîne alimentaire Algérienne, sous l’égide d’un partenariat politico‑économique étroit avec l’Italie.

À Timimoun, l’introduction du maïs fourrager sur le vaste périmètre de Bonifiche Ferraresi (BF) pose plusieurs défis techniques majeurs liés au climat, à l’eau, au sol et à la gestion agronomique.

1.Contraintes hydriques et salinité

Le maïs fourrager est très exigeant en eau, surtout au stade de la tige et de la formation de l’épi, ce qui interroge la durabilité de sa production dans le Sahara Algérien, où la pression sur les nappes phréatiques est déjà forte. De plus, les sols Sahariens peuvent être salins ou alcalino‑salins, ce qui complique la fertilisation et la mobilité des nutriments (notamment phosphore et potassium), nécessitant une gestion très fine de l’irrigation et des apports.

2. Adaptation variétale et climatique

Le maïs fourrager doit être adapté à des températures élevées, à une forte évapotranspiration et à des périodes de stress hydrique potentielles ; le choix de variétés précoces, résistantes à la sécheresse et à la verse est donc crucial. À Timimoun, où la stratégie s’appuie déjà sur des pivots, la synchronisation des dates de semis et de récolte (autour de 30–35% de matière sèche) reste un enjeu technique important pour assurer qualité et rendement du fourrage.

3. Intensification sous pivot et fertilisation

BF utilise des pivots de grande taille et des semoirs industriels (12 m), ce qui exige une précision topographique et une gestion centralisée des systèmes d’irrigation et de fertilisation azotée. Un excès ou un défaut d’azote peut dégrader la qualité du fourrage (teneur en protéines, fibres, digestibilité) et accroître le risque de lixiviation ou de salinisation, d’où la nécessité d’un pilotage par capteurs et de plans de fertilisation adaptés au sol local.

4. Infrastructures et mécanisation

Le projet de maïs fourrager à Timimoun repose sur des infrastructures lourdes (pivots, réseaux électriques, routes de service, hangars) qui doivent être dimensionnés pour supporter des volumes de travail élevés (ensilage, stockage en balles rondes, transport vers les élevages). La mécanisation de grande largeur (engins de 12 m) nécessite aussi des surfaces parfaitement nivelées et des chemins accessibles, ce qui impose des travaux de préparation de terrain et de voirie en amont.

En résumé, les principaux défis techniques à Timimoun pour le maïs fourrager sont la gestion de l’eau en contexte semi‑aride, l’adaptation variétale et agronomique, la fertilisation de précision dans des sols parfois salins, et la robustesse des infrastructures et du matériel agricole.

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