
Par : Abdelkader Reguig
Une situation d’escalade militaire majeure au Proche-Orient, articulée autour de plusieurs dimensions : stratégique, diplomatique, et médiatique. L’analyse se concentre sur trois axes principaux.
1.Une escalade militaire sans précédent : le seuil nucléaire franchi ?
Le bombardement de l’installation nucléaire de Dimona par l’Iran constitue, un événement potentiellement historique. Dimona n’est pas une installation militaire ordinaire : c’est le cœur du programme nucléaire israélien, largement reconnu comme dotant l’État hébreu de l’arme atomique depuis les années 1960.
-Franchissement d’une ligne rouge : Une frappe sur ce site est perçue comme une attaque existentielle par Israël. En représailles, la menace évoquée d’une « intervention bombe nucléaire » suggère que la dissuasion classique a échoué et que le conflit entre dans une logique de survie.
-Symétrie des vulnérabilités : Des frappes israéliennes sur les champs pétroliers, gaziers et les usines d’eau. Cela révèle une stratégie israélo-Américaine visant à détruire les infrastructures vitales Iraniennes (énergie, eau), tandis que l’Iran riposte en ciblant le pilier de la dissuasion israélienne.
2. La paralysie diplomatique : l’effet de l’« empire des bases »
L’intervention de Jeffrey David Sachs, est cruciale pour comprendre le silence occidental. Son analyse met en lumière une structure de pouvoir où la présence militaire américaine conditionne les prises de parole internationales.
-Le Conseil de sécurité neutralisé : Sur les 15 membres, neuf hébergent des installations militaires américaines. Cela explique, selon David Sachs, pourquoi les condamnations se sont concentrées sur l’Iran (victime de l’attaque initiale) plutôt que sur les agresseurs israélo-américains.
-Une dissuasion par l’infrastructure : La présence de troupes Américaines dans 80 pays crée un réseau de dépendances politiques. Les pays du Golfe, comme les alliés Européens (France, Danemark, Grèce), se trouvent dans une position où toute condamnation des États-Unis pourrait menacer leur sécurité ou leur soutien logistique.
-Isolement des opposants : Seules la Russie, la Chine et la Somalie (pour l’Afrique) auraient condamné l’attaque contre l’Iran. Cela illustre une division bipolaire : d’un côté, le bloc sous influence militaire américaine ; de l’autre, les puissances cherchant à contrer cette hégémonie.
3. Les fragilités de la stratégie américaine : hubris et risque d’abandon
Une contradiction interne à la stratégie de l’administration Trump. Malgré la puissance militaire déployée, des doutes émergent sur la cohérence de l’engagement américain.
– Le précédent des guerres perdues : à titre de rappelle le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan pour souligner que l’« hubris » Américaine se heurte souvent à la réalité du terrain. L’idée que Trump pourrait « abandonner la guerre contre l’Iran » et laisser ses alliés du Golfe seuls fait écho à l’abandon des Kurdes en Syrie ou à la sortie chaotique d’Afghanistan.
-La division interne Américaine : Contrairement à l’objectif de rassembler le pays contre l’Iran, le conflit divise le camp américain. Cette division pourrait affaiblir la pression sur Téhéran.
-Le facteur chinois : L’intervention de Valérie Niquet rappelle que l’Iran est un partenaire énergétique majeur de la Chine. Pékin, dont la visite de Trump était prévue, voit son approvisionnement menacé. La Chine a donc un intérêt stratégique à ce que le régime iranien ne soit pas renversé, ajoutant une contrainte de politique étrangère majeure à l’équation Américaine.
4. Position Française : entre condamnation et non-ingérence
Faut-il rappeler la position ambiguë de la France ? Celle-ci consiste à condamner « à cor et à cri » l’intervention israélienne au Liban, tout en affirmant ne pas vouloir « mettre un doigt » dans ce conflit. Cette posture peut être interprétée de deux manières :
-Une condamnation morale de l’escalade globale, sans pour autant rejoindre le camp des accusateurs des États-Unis.
-Une volonté de préserver un rôle diplomatique, en évitant de s’aligner totalement sur la position israélo-américaine, tout en restant membre de l’OTAN et pays hôte de bases Américaines.
Conclusion : un monde en état de sidération stratégique
La situation décrite est celle d’un conflit asymétrique où l’outil militaire conventionnel a cédé la place à une logique de destruction des infrastructures vitales, avec un risque nucléaire désormais tangible.
La clé de voûte de cette analyse réside dans le contraste entre :
1. La puissance militaire américaine (bases, alliances, moyens) ;
2. Sa fragilité politique (risque d’abandon, division interne, précédents historiques) ;
3. La paralysie du droit international, où la présence militaire étrangère réduit au silence les instances de régulation comme le Conseil de sécurité.
L’absence de « discours honnête », dénoncée par David Sachs, crée un vide interprétatif où chaque camp se sent légitimé à intensifier les frappes, sans mécanisme de désescalade crédible. La Chine et la Russie, bien qu’opposées à l’intervention, restent pour l’instant en retrait, laissant les États-Unis et Israël dans une logique de confrontation directe avec l’Iran, dont l’issue pourrait redéfinir l’ordre régional pour les décennies à venir.
Par : Abdelkader Reguig – Oran
Contact: orarexe@ gmail.com
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