
Par : Mohammed CHOUAKI
Quels enjeux économiques et géopolitiques pour l’Algérie et l’Italie ? **
Alger, mars 2026 – Après une première visite officielle en 2023, la Cheffe du Gouvernement Italien, Giorgia Meloni, prépare une nouvelle tournée à Alger, prévue le mois d’Avril 2026. Cette visite, annoncée à la suite d’un entretien téléphonique entre Meloni et le Président Abdelmadjid TEBBOUNE, confirme que l’Italie s’impose comme un partenaire économique et stratégique majeur pour l’Algérie, au moment où les rapports avec la France restent marqués par des tensions diplomatiques et des rivalités d’influence.
Selon plusieurs sources proches du Gouvernement Algérien, la visite de Giorgia Meloni devrait se tenir dans la période du mois d’Avril 2026, ce qui donne à Alger une fenêtre politique et diplomatique clairement identifiée. Ce timing n’est pas neutre : il coïncide avec une phase de recalibrage des priorités extérieures Algériennes, entre visites de dirigeants Européens, sommets continentaux et relance de partenariats économiques.
Meloni effectue cette nouvelle visite à l’invitation du Président TEBBOUNE, dans un climat où les deux camps insistent sur la bonne tenue des relations bilatérales et la volonté de les hisser à un niveau « d’engagement stratégique ». En coulisses, Alger et Rome parlent désormais en termes de partenariat de long terme, et non plus seulement de contrats isolés.
L’Italie, partenaire énergétique et économique n°1 ?
Sur le plan économique, l’Italie est déjà l’un des premiers partenaires commerciaux et énergétiques de l’Algérie. Les échanges bilatéraux, estimés autour de 9 milliards d’Euros en 2025, reposent largement sur le gaz et les hydrocarbures, mais aussi sur l’agriculture, l’industrie et la construction. Cette nouvelle visite devrait formaliser plusieurs dossiers en cours et ouvrir la voie à de nouveaux contrats d’investissement, notamment dans les secteurs de la transformation industrielle, de la logistique et de l’agriculture.
Pour l’Algérie, l’enjeu est double :
• sécuriser ses recettes d’exportation dans un contexte de réorientation Européenne de la demande énergétique.
• et diversifier ses partenariats pour ne pas dépendre d’un seul pivot Européen.
Pour l’Italie, la présence de l’Algérie dans son mix énergétique est devenue structurelle depuis la crise Ukrainienne. Rome voit dans ce partenariat une assise de sa sécurité énergétique et, au‑delà, une base pour étendre son influence dans le Maghreb.
Chambre de commerce Algéro‑Italienne : une étape institutionnelle
Un des rendez‑vous symboliques de cette visite devrait être la création d’une Chambre de commerce Algéro‑Italienne, officiellement annoncée dans les dernières semaines. Cette structure vise à institutionnaliser les échanges, à rapprocher les filières productives et à faciliter l’entrée de PME Italiennes sur le marché Algérien, ainsi que d’entreprises Algériennes dans l’économie Méditerranéenne.
Pour les milieux économiques à Alger, la Chambre est perçue comme un instrument pour stabiliser les flux et réduire les incertitudes réglementaires. Elle pourrait aussi servir de relais pour les projets d’investissement dans le cadre du « Plan Mattei », programme Italien de coopération avec l’Afrique, qui vise à renforcer l’investissement Européen dans le continent tout en sécurisant les approvisionnements énergétiques et migratoires.
Le « Plan Mattei » au cœur de la coopération
Le « Plan Mattei » est le grand projet de Rome pour redessiner la carte des partenariats entre l’Europe et l’Afrique. Il articule investissement, diplomatie énergétique et gestion de la migration. L’Algérie, positionnée au carrefour de l’Afrique du Nord et de la Méditerranée, apparaît comme un pivot stratégique : elle peut servir de corridor pour les flux énergétiques, mais aussi comme partenaire dans la gestion des flux migratoires.
Dans ce cadre, la visite de Meloni à Alger en 2026 doit servir de mise en chantier politique de cet alignement. Les autorités Algériennes insistent sur la nécessité de transformer les déclarations communes en projets concrets : financements, transferts de technologie, partenariats industriels. L’enjeu, pour Alger, est de ne pas se limiter à un rôle de fournisseur d’hydrocarbures, mais de devenir un partenaire de développement dans la zone Méditerranéenne.
Dimension migratoire et sommet Euro‑Africain
La question de la migration figure en bonne place dans l’agenda de cette visite. L’Italie, en première ligne sur les arrivées par voie maritime, insiste sur la coopération opérationnelle avec les pays de départ et de transit.
L’Algérie, pour sa part, veut défendre une lecture qui lie lutte contre la migration irrégulière et développement économique concret : il ne s’agit pas seulement de « bloquer » les flux, mais de proposer des alternatives pour les jeunes Africains.
La visite de Meloni s’inscrit dans un contexte plus large, celui de la préparation du sommet Euro‑Africain et des discussions Européennes sur la gestion des migrations. Les deux pays devraient s’accorder sur des mécanismes de financement, de contrôle des frontières et de renforcement des capacités administratives, tout en évitant les approches purement sécuritaires que l’Algérie dénonce souvent.
Alger, Rome… et Paris : une lecture géopolitique
Au‑delà des communiqués, cette nouvelle visite se lit aussi dans la carte des rapports entre l’Algérie, l’Italie et la France. Tandis que les relations Franco‑Algériennes restent marquées par des frictions historiques, des divergences diplomatiques et une concurrence économique, l’Algérie renforce progressivement sa multi diversification des partenaires Européens. L’Italie, avec son approche pragmatique et son absence de passé colonial lourd, apparaît comme un interlocuteur plus « maniable » pour certains dossiers sensibles.
Pour Rome, l’enjeu est d’ancrer sa présence dans le Maghreb alors que l’Union Européenne cherche à réduire sa dépendance aux grosses puissances (Turquie, Russie, Chine) dans la région. L’Algérie, elle, tente de profiter de cette dynamique pour jouer des rivalités et obtenir de meilleures conditions d’accès aux marchés et aux financements Européens.
Quels signaux pour l’avenir ?
La visite de Giorgia Meloni à Alger, de mois d’Avril 2026, doit être lue comme un signal de consolidation d’un partenariat qui dépasse désormais le simple échange commercial. Elle pose les bases d’une coopération plus différenciée entre l’Algérie et l’Italie, articulée autour de l’énergie, de l’investissement, de la migration et de la diplomatie régionale.
À moyen terme, ce rapprochement pourrait contribuer à redessiner la géographie des influences en Méditerranée, en faisant de l’Algérie un partenaire central de l’Europe du Sud, tout en maintenant un équilibre complexe avec la France. Reste à voir dans quelles limites politiques et économiques ce partenariat pourra effectivement se développer – et comment l’Algérie parviendra à traduire cette proximité avec Rome en verrouillage concret de ses intérêts nationaux.
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