
Par : Abdelkader Reguig
Dominique de Villepin l’ancien Premier Ministre, figure de l’opposition à la guerre en Irak en 2003, a livré une charge virulente sur BFMTV. Son diagnostic : Israël n’a plus de frontières et prospère sur le chaos régional. Mais sa cible principale est plus large : c’est l’impuissance chronique de l’Occident, et de la France en particulier, qu’il étrille avec une amertume de vingt-cinq ans.
« Désormais plus de frontières » : le réquisitoire contre Israël
« Désormais, plus de frontières et peut à tout moment envahir le Sud-Liban, envahir la Sud-Syrie, envahir un autre pays voisin. »
D’emblée, Dominique de Villepin plante le décor.
L’ancien chef de la diplomatie Française ne mâche pas ses mots : selon lui, l’État hébreu, bénéficiant de l’affaiblissement de ses voisins, mène une stratégie délibérée d’expansion par le vide.
« Le pari d’Israël, c’est de multiplier les États faillis dans la région et à partir de là d’intervenir quand bon lui semble. »
Sa thèse est claire : une démocratie digne de ce nom doit avoir des frontières reconnues et respecter celles des autres. Or, dénonce-t-il, « ce qui a été fait à Gaza est inacceptable. Ce qui est fait en Cisjordanie est inacceptable. Ce qui est fait au Liban est inacceptable. »
« Merci à M. Sarkozy, merci à M. Hollande, merci à M. Macron » :
la charge contre les Présidents Français
Mais c’est lorsque Villepin se tourne vers la France que le ton devient véritablement cinglant. L’ancien locataire de Matignon dresse une liste sans concession des errements de la diplomatie Française sur vingt-cinq ans, épinglant nommément ses successeurs.
« Entre-temps, on a eu la guerre de la Libye, merci à M. Sarkozy. On a eu la guerre au Sahel, merci à M. Hollande, et merci à M. Macron. »
Pour lui, ces interventions militaires, menées sans vision stratégique, ont conduit à des impasses historiques. Le Sahel en est l’illustration la plus douloureuse :
« Ce n’est que quand on nous a mis un coup de pied au derrière de la part des Africains qu’on a compris qu’il fallait partir. »
Une humiliation qui résume, à ses yeux, la méthode Française : subir plutôt qu’anticiper.
« La puissance ne peut pas tout » : l’appel à une coalition des pacifiques
Dans ce tableau sombre, Villepin veut encore croire à un sursaut. Il appelle Emmanuel Macron à « prendre la tête d’une coalition d’États pacifiques », Européens d’abord, bientôt rejoints par les monarchies du Golfe.
« Les États du Golfe vont ouvrir les yeux et vont constater qu’on les entraîne dans une catastrophe. Leur modèle est fondé sur l’économie, la finance et la stabilité : ce modèle est mort. »
Son raisonnement : les pétromonarchies, qui ont parié sur la normalisation et les accords d’Abraham, comprennent désormais que la déstabilisation régionale menée par Israël les fragilise. Une fenêtre diplomatique existe donc.
« La normalisation de la région passe par la création d’un État israélien normal, c’est-à-dire avec des frontières reconnues. »
Mais l’ancien Premier Ministre met en garde contre l’illusion de la puissance brutale : « La puissance ne peut pas tout quand elle ne sait pas ce qu’elle veut et elle ne sait pas où elle va. Elle mobilise contre elle tous les ressentiments, tous les esprits de revanche et elle nourrit le cycle de violence. »
Le prophète dans le désert ?
La force du propos de Villepin tient aussi à son amertume. Lui qui, en 2003, avait incarné devant l’ONU la « vieille Europe » opposée à l’aventurisme Irakien, répète aujourd’hui les mêmes avertissements.
« Ce que je dis n’est pas nouveau, ça fait vingt-cinq ans que je l’explique. Et ça a commencé par la France : personne ne veut l’entendre. »
Vingt-cinq ans. De l’Irak à la Libye, du Sahel à Gaza, le « vieux lion » de la diplomatie Française a-t-il simplement été un Cassandre prémonitoire, ou son verbe haut et sa vision Gaullienne du monde sont-ils devenus inaudibles dans une époque qui ne jure que par le rapport de force ?
Une certitude : alors que le Moyen-Orient s’embrase à nouveau, son analyse – controversée, assurément – force au moins à poser la question que personne ne veut entendre : et s’il avait raison depuis le début ?
« Très honnêtement, il y a quelque chose de surprenant dans la façon dont nous sommes dirigés. »
Pour aller plus loin : Le spectre de 2003 – retour sur le discours de Dominique de Villepin à l’ONU, qui l’avait établi comme l’incarnation d’une certaine idée de la diplomatie Française, opposée à la force brute au nom du droit et de la vision à long terme.
Par : Abdelkader Reguig
Contact : orarexe@ gmail.com
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