Sahara Occidental : Washington Rétorque de nouveau le plan d’autonomie Marocain.

Par : Mohammed CHOUAKI

Le plan Marocain face à ses contradictions structurelles
La faiblesse du plan d’autonomie Marocain ne tient pas seulement à ses lacunes juridiques : elle est aussi politique et existentielle pour le régime.

Accorder une véritable autonomie aux Sahraouis reviendrait à ouvrir une brèche dans l’édifice centralisé du pouvoir, risquant d’alimenter des revendications régionales longtemps muselées, à commencer par celles du Rif.

La révolte pacifique de 2017, réprimée avec fermeté et dont les leaders sont toujours emprisonnés, reste dans toutes les mémoires. Le nœud du problème est là : le Maroc ne peut consentir aux Sahraouis ce qu’il refuse à ses propres régions marginalisées sans remettre en cause l’architecture autoritaire de l’État.

Les négociations qui s’ouvrent ce dimanche se tiennent à huis clos au siège de l’Ambassade des États-Unis, à la demande de Massad Boulos, représentant de Donald Trump pour l’Afrique, et de Michael Waltz, Ambassadeur Américain auprès des Nations Unies. Autour de la table : les chefs des délégations du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario, en présence de Staffan de Mistura, envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara Occidental.

Officiellement, ces discussions sont coparrainées par les Nations unies. En réalité, elles sont pilotées par Washington, qui tend à marginaliser le rôle Onusien dans la conduite effective du dossier.

Cette réunion de Madrid fait suite à un premier contact tenu discrètement à Washington il y a deux semaines.

Le silence médiatique total, y compris dans la presse Américaine, illustre l’ampleur des enjeux et la volonté de Washington de contrôler le récit et le calendrier. Boulos ne s’en cache plus : pour l’administration Trump, le dossier Sahraoui est désormais une « priorité maximale ». Sa récente visite à Alger, reçue par le Président Abdelmadjid TEBBOUNE, confirme que les États-Unis reconnaissent le rôle central de l’Algérie dans ce processus.

Washington fonde sa démarche sur la résolution 2797 du Conseil de Sécurité, adoptée en octobre, qui présente la proposition Marocaine comme une « base possible » pour une solution politique « juste, durable et mutuellement acceptable ». Mais la lecture du texte – et surtout de son application potentielle – met en lumière le fossé entre la rhétorique diplomatique et la réalité du terrain.

Jusqu’à récemment, le plan d’autonomie de 2007 se résumait à quelques pages floues. Sous la pression conjointe de Staffan de Mistura, de Paris et surtout de Washington, Rabat a dû produire une version étoffée.
Ce nouveau document de quarante pages, élaboré par le premier cercle du Palais Royal, semble moins être une ouverture sincère qu’un exercice défensif destiné à gagner du temps. Il cherche à donner l’illusion de la profondeur sans en assumer les implications.

Plus le texte s’épaissit, plus il révèle ses contradictions, ses angles morts et son incompatibilité avec un système qui refuse tout partage réel du pouvoir.

Ce constat s’impose désormais jusqu’au sein de certains cercles Américains : le problème n’est pas l’imprécision du plan Marocain, mais son impossibilité structurelle. Les Sahraouis, eux, demeurent fermes sur l’essentiel : sans réforme profonde, sans référendum d’autodétermination et sans rupture avec la logique féodale du Makhzen, aucune solution crédible n’est envisageable.

Tout le reste n’est que mise en scène diplomatique, aussi secrète soit-elle.
Washington aura eu le mérite d’essayer de ranimer un dossier de décolonisation enlisé depuis un demi-siècle mais aussi celui de mettre à nu la mauvaise foi du Makhzen. Il ne reste qu’une issue : contraindre Rabat à se soumettre au choix souverain des Sahraouis, y compris si cela implique de confronter, dans les urnes, le supposé plan d’autonomie Marocain

Auteur/autrice

Views: 7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *