Venezuela : L’intervention Américaine n’est pas une affaire de « démocratie », mais la lutte à mort pour le pétrodollar

Quand un « disciple » Algérien de Malek Bennabi crie au loup pour l’Algérie, il oublie de regarder la cause racine : la survie du système financier qui maintient l’hégémonie des États-Unis.

Un anciens ministre Algérien , drapé dans l’héritage de Malek Bennabi après avoir traité le peuple de « ghachi » suite à leur échec électoral, ressortent le sempiternel discours de la peur : « Après le Venezuela, ce sera le tour de l’Algérie. » Un refrain usé qui, non seulement manque d’originalité, mais surtout, manque cruellement de profondeur d’analyse. Car pour comprendre l’intervention américaine au Venezuela, il faut cesser de regarder le prétexte – la « démocratie », la « drogue » – et observer le motif véritable : la défense désespérée du pétrodollar, pierre angulaire de la puissance américaine depuis 70 ans.

Le Venezuela n’est pas une cible par hasard. Avec 300 milliards de barils de réserves prouvées – les premières au monde –, il détient les clés d’un système énergétique global. Or, depuis 2018, Caracas a entrepris une chose inacceptable pour Washington : vendre son pétrole en yuans chinois, en euros, en roubles… en tout sauf en dollars. Il a mis en place des canaux de paiement directs avec la Chine, contournant le système SWIFT, et a frappé à la porte des BRICS. En somme, le Venezuela est devenu la plus grande plateforme physique de dédollarisation du commerce pétrolier.

Pourquoi est-ce une menace existentielle pour les États-Unis ? Retour en 1974. Henry Kissinger scelle un pacte avec l’Arabie saoudite : le pétrole mondial sera vendu exclusivement en dollars. En échange, protection militaire américaine. Ce « pétrodollar » crée une demande artificielle et perpétuelle de la monnaie américaine. Chaque nation doit accumuler des dollars pour son énergie, permettant à la Réserve Fédérale d’imprimer sans créer d’hyperinflation chez elle. Ce système finance son armée, son déficit, son hégémonie.

L’histoire est un testament sanglant de ce qui arrive à ceux qui défient ce système :

-2000 : Saddam Hussein annonce vendre le pétrole irakien en euros. 2003 : Invasion. Saddam est lynché. Le pétrole revient en dollars.
-2009 : Kadhafi propose un « dinar or » africain pour le pétrole. Les emails d’Hillary Clinton le confirment comme raison majeure de l’intervention. 2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est assassiné.
-2026 : Maduro, avec cinq fois plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis, vend activement en yuans et rejoint l’alliance des BRICS. L’intervention suit.

Le conseiller américain Stephen Miller l’a dit crûment : le pétrole vénézuélien est un « vol » de biens américains. Sous-entendu : toute ressource nationalisée hors contrôle du dollar est un crime contre l’hégémonie américaine.

Mais cette fois, le contexte est différent. Le pétrodollar est déjà mourant. La Russie vend en roubles, l’Arabie saoudite négocie en yuans, la Chine a son alternative à SWIFT (CIPS), et les BRICS développent des systèmes de paiement indépendants. L’entrée du Venezuela dans ce bloc, avec ses immenses réserves, aurait été l’accélérateur ultime de la dédollarisation.

L’invasion du Venezuela est donc un message brutal adressé au monde : « Défiez le dollar, et vous subirez le même sort. » C’est l’acte d’une puissance qui, ne pouvant plus gagner par la compétition économique, recourt à la force brute.

Alors, et l’Algérie ?

L’Algérie n’est pas le Venezuela. Nos réserves, bien que conséquentes, sont d’un ordre de grandeur inférieur. Notre orientation diplomatique, bien que souveraine, est différente. La vraie question n’est pas un fantasme d’invasion, mais la lecture géostratégique. Cette intervention nous rappelle une vérité cruelle : dans l’ordre mondial actuel, la souveraineté économique ultime – se libérer du dollar – se paie au prix fort. Les pays qui tentent de construire un système multipolaire viennent de recevoir un avertissement sanglant.

Cela ne signifie pas qu’il faut céder à la peur, mais au contraire, comprendre la nature du jeu. La survie du dollar ne tient plus à sa supériorité économique, mais à la coercition. Et comme tout empire qui montre les muscles quand son déclin s’amorce, cette violence est le signe non de sa force, mais de sa faiblesse structurelle.

Le prétendu « penseur » algérien qui agite le spectre d’une intervention chez nous ferait mieux d’analyser les causes profondes au lieu de distiller la peur. Car le vrai danger pour l’Algérie n’est pas une hypothétique invasion, mais de ne pas saisir les bouleversements tectoniques en cours : l’agonie d’un ordre financier mondial et la naissance douloureuse – et violente – du suivant. Notre devoir est de naviguer cette période avec une lucidité froide, fondée sur l’intérêt national, et non sur des prophéties alarmistes déconnectées de la réalité géoéconomique.

L’histoire jugera. Mais une chose est sûre : en bombardant le Venezuela, les États-Unis n’ont pas sauvé le dollar. Ils ont simplement annoncé, au monde entier, qu’il était en réanimation forcée.

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