
Alors que l’Algérie cherche de nouveaux moteurs de croissance hors hydrocarbures, un potentiel colossal demeure encore largement inexploité : celui de sa diaspora. Forte de plusieurs millions de personnes, qualifiées, solvables et souvent attachées à leur pays d’origine, la communauté algérienne à l’étranger pourrait devenir un acteur clé de la relance économique. À condition de lever les freins institutionnels et de bâtir une relation de confiance durable.
Un trésor à l’étranger, peu mobilisé à l’intérieur
Ils sont des millions, plus de 8 millions dans le monde avec une majorité importante en France plus de 5 millions. Ils soutiennent leurs familles, ils cultivent un lien fort avec l’Algérie. Alors que le pays s’efforce de diversifier ses sources de croissance et de diminuer sa dépendance aux hydrocarbures, la diaspora algérienne se présente comme une opportunité stratégique encore non exploitée.
Une opportunité financière. Mais aussi humaine et institutionnelle, l’Algérie d’aujourd’hui procède à une redéfinition de son modèle économique, et cherche à réduire sa dépendance persistante aux hydrocarbures qui pèse lourd sur ses recettes. La diversification productive reste limitée, les besoins d’investissement, quant à eux, sont massifs et très coûteux. Dans ce contexte, l’épargne extérieure de la diaspora constitue un levier essentiel.
Forte de ses 8 millions de personnes à l’étranger, la diaspora algérienne n’est pas qu’un prolongement social du pays, elle est un réservoir. financier, humain et relationnel très puissant. Capable de participer directement à la relance et à la métamorphose de l’économie nationale, cette ressource demeure largement sous-valorisée.
Les chiffres parlent d’eux même. En 2024, les transferts officiels des Algériens de l’étranger sont estimés à moins de 2 milliards de dollars, cela représente moins de 1 % du PIB. À titre de comparaison, les pays voisins affichent des niveaux bien supérieurs (proche de 5%). Ce retard ne traduit ni un manque d’attachement au pays d’origine, ni une absence de solidarité. Mais il révèle les limites du cadre institutionnel et financier, tels que la dualité du système de change, les restrictions sur les devises, l’absence de produits financiers adaptés à l’investissement, la lourdeur administrative,…etc.).
Réduire la diaspora à une simple source financière constitue une erreur stratégique, car son apport à une triple dimension.
Il est financier certes, par l’épargne et l’investissement.
Il est humain, par les compétences et l’innovation.
Il est relationnel, par l’accès aux marchés et aux réseaux internationaux.
Donc, l’enjeu dépasse largement la question budgétaire. Il est structurel.
De nombreux pays l’ont bien compris, l’Inde, le Sénégal,l’Éthiopie et d’autres. Ils ont tous instauré des outils spécifiques pour capter l’épargne de la diaspora, notamment à travers des obligations émises à l’étranger pour le financement de projets nationaux. Ces dispositifs ont permis de récolter des milliards de dollars pour financer des projets nationaux et prometteurs, généralement dans des conditions nettement plus avantageuses que celles des marchés internationaux.
Un potentiel financier considérable
Pour l’Algérie, cette option est réaliste et pertinente, intégrer la diaspora soit par investissement direct (État-privé) dans des projets innovants, par des obligations dans certains domaines tels que l’énergie solaire, eau, santé, l’agriculture, industrie.Même une mobilisation partielle de cette épargne qui représente des centaines de millions de dollars par ans, avec un impact direct sur la croissance et l’emploi. Mais il faut être clair, aucun investissement financier ne fonctionne sans confiance.
En retour, la diaspora tire un bénéfice d’un placement sécurisé, porteur de sens. La diaspora investit lorsque les règles sont bien établis, les procédures sont simples, et l’utilisation des fonds est transparente. La mobilisation de la diaspora dépend plutôt d’une politique de choix, que d’un choix économique.
Il ne s’agit pas ici de présenter l’épargne de la diaspora comme une solution miracle. Mais elle demeure comme solution à porté de mains des autorités Algériennes, malgré les difficultés structurelles profondes. Donc, dans un contexte de contraintes budgétaires, de volatilité des recettes pétrolières et de renchérissement des détenteurs de capitaux, cette ressource est stratégique.
Intégrer la diaspora dans la stratégie de financement des projets et du développement, c’est aussi rétablir un lien. Un privilège de confiance accordé par l’État à ses citoyens vivant à l’étranger, et non seulement une intégration économique, susceptible de participer à une économie plus diversifiée, résiliente et ouverte.
Pour conclure la vraie question n’est plus donc de savoir si l’Algérie peut mobiliser sa diaspora. Elle est plutôt ailleurs et elle tient en une phrase: le pays est-il prêt à l’intégration institutionnelle et économique de la diaspora ? autrement-dit, quelle est la place qu’accorde l’Algérie à ses citoyens, où qu’ils vivent ?
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